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14 maires écrivent à E. Macron sur la Palestine

Monsieur le Président de la République,

En date des 2 et 11 décembre 2014, le Parlement français a voté une résolution demandant la reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France. Ce vote des parlementaires, dont nous nous sommes félicités à l’époque, était une initiative importante pour la contribution de la France à la résolution du conflit israélo-palestinien. Après la reconnaissance de la Palestine comme membre observateur au sein de l’ONU et de l’UNESCO, ce vote français confortait les initiatives prises, dans le même sens, par d’autres Parlements de pays européens.

Aujourd’hui, l’espoir d’un Etat palestinien, l’espoir d’une paix juste et durable dans cette partie du Moyen-Orient s’éloignent. Nous constatons jour après jour le morcellement du territoire palestinien dû à une colonisation intensifiée, une annexion de facto de territoires, des libertés fondamentales bafouées aussi bien par les incursions, les arrestations illégales des soldats israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem, que par les discriminations à l’égard des Palestiniens vivant dans l’Etat d’Israël. C’est une population palestinienne meurtrie, humiliée, mais résolument résiliente qui subit quotidiennement les exactions des autorités israéliennes sur des territoires qu’elles occupent illégalement, selon le droit international : arrestations arbitraires, notamment sur des mineurs, expropriations et démolitions illégales de maisons, notamment à Jérusalem-Est, torture et violences aggravées à l’égard des prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes. La liste est longue.

Le contexte politique et territorial à Jérusalem-Est démontre le processus illégal d’occupation des terres qui menace les quartiers palestiniens de Jérusalem.

Les constructions n’ont lieu seulement que sur 13% de la surface du territoire de Jérusalem-Est. Le reste de Jérusalem-Est est occupé par les autorités israéliennes, contrôlé par la municipalité israélienne en gestion avec deux associations, El Ad et Ateret Cohanim, qui favorisent l’implantation de colons dans cette zone, en contrevenant totalement au droit international (Jérusalem-Est étant occupée depuis 1967). Entre 2004 et 2019, 978 logements ont été détruits dans cette partie de la ville impactant 3177 personnes dont 1704 enfants. Actuellement, 18 000 habitations sont menacées de démolition à Jérusalem-Est. En juin 2020, 58 structures dont 44 maisons ont été démolies. Sur ces 44 maisons, dix ont été des « autodestructions » par leurs propriétaires, les forces israéliennes obligeant les Palestiniens à détruire leurs maisons par leurs propres moyens, suscitant ainsi l’humiliation des familles.

En 2021, on compte 173 opérations de démolitions de maisons pour 250 familles palestiniennes se retrouvant du jour au lendemain sans toit.

En octobre 2020, en réponse à un courrier de Madame Marie-Hélène Amiable, maire de Bagneux, et de Monsieur Patrice Leclerc, maire de Gennevilliers, au sujet de la situation de Jérusalem-Est, votre Cabinet écrivait :

Soyez assuré·e de toute l’attention qui a été portée à vos réflexions et préoccupations relatives au projet d’annexion d’une partie des Territoires palestiniens par Israël, ainsi qu’à la situation des populations palestiniennes de Jérusalem-Est. Je puis vous indiquer que le Chef de l’Etat s’est entretenu de ces questions avec Monsieur Benyamin NETANYAHOU, Premier ministre de l’Etat d’Israël, le 9 juillet dernier. Il lui a rappelé à cette occasion que la France est pleinement engagée en faveur d’un règlement juste et durable du conflit israélo-palestinien. A ce titre, Monsieur Emmanuel MACRON a réaffirmé son attachement à la solution des deux Etats, seule à même de garantir la paix, la sécurité et la stabilité dans la région. Dans le même esprit, Monsieur Emmanuel MACRON a demandé à Monsieur NETANYAHOU de s’abstenir de toute mesure unilatérale qui conduirait à l’annexion de tout ou partie des Territoires palestiniens et constituerait une violation du droit international. Il a également réitéré l’engagement indéfectible de la France pour la sécurité d’Israël et sa détermination à œuvrer pour l’apaisement des tensions au Moyen-Orient.

Au regard de cette situation, l’intervention de Monsieur Jean Castex au dîner du CRIF le 24 février dernier, considérant Jérusalem comme la capitale éternelle du peuple juif, nous semble ne pas respecter la ligne de la diplomatie française.

La France se tient au côté du droit international et s’attache aux résolutions des Nations Unies, notamment les résolutions 476 et 478 sur le statut de Jérusalem. La France dénonce également l’appropriation illégale des terres en Cisjordanie et à Jérusalem. La France considère que Jérusalem doit être la capitale des deux Etats, Israël et du futur Etat palestinien. La France ne reconnaît actuellement aucune souveraineté sur Jérusalem. Vous avez vous-mêmes, Monsieur le Président, désapprouvé la décision américaine de transférer leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. Nous ne faisons ici que reprendre la ligne de la diplomatie française.

Cette déclaration de Monsieur Jean Castex au dîner du CRIF est-elle donc une nouvelle position de la France ?

Depuis trois ans, le gouvernement israélien accentue et accélère les actes illégaux en Cisjordanie et à Jérusalem : annexion de facto des territoires de la Vallée du Jourdain, accélération des constructions des colonies, expropriations et démolitions d’habitations à Jérusalem-Est. Les événements de Sheikh Jarrah et Silwan à l’été 2021 ont révélé au monde la violence politique et policière israélienne en direction des Palestiniens dans Jérusalem.

Malgré ce contexte particulier, difficile et hostile, des collectivités françaises mènent des actions et des partenariats avec des collectivités et des institutions palestiniennes en Cisjordanie et à Jérusalem, avec le soutien du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. L’expérience construite entre nous ne peut véritablement s’accomplir qu’en l’existence d’un Etat palestinien reconnu.  Et cette reconnaissance signifiera une avancée concrète et décisive dans les relations franco-palestiniennes.

Revenons donc, Monsieur le Président, au vote des parlementaires de décembre 2014. Cet acte devait mener, au bout de deux ans, à une reconnaissance de l’Etat de Palestine, dans le cas d’échecs de négociations entre les parties israélienne et palestinienne. Cela n’a pas été le cas.

Aujourd’hui, nous vous demandons de clarifier la position de la France après les déclarations de Monsieur Jean Castex.

Aujourd’hui, plus qu’hier, nous vous appelons à avoir une position forte et courageuse pour réaffirmer le respect du droit international et des résolutions des Nations Unies votées, et même proposées pour certaines par la France, en faveur du peuple palestinien.  

Aujourd’hui, plus que jamais, nous vous appelons à reconnaître un Etat de Palestine.

Pour échanger sur ces nombreux sujets avec vous, nous souhaitons officiellement être reçus à la Présidence.

Nous luttons pour une paix juste et durable dans une région qui ne connaît actuellement que la violence et l’injustice. Et nous sommes profondément convaincus que c’est par le courage et par l’action politique franche et résolue que nous aboutirons à un vrai règlement.

Dans l’attente de votre réponse,

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en l’assurance de nos salutations distinguées.

Marie-Hélène AMIABLE, maire de Bagneux

Jacques AUZOU, maire de Boulazac Isle Manoire

Jacqueline BELHOMME, maire de Malakoff

Charlotte BLANDIOT-FARIDE, maire de Mitry-Mory

Agnès BOURGEAIS, ville de Rezé

Philippe BOUYSSOU, maire d’Ivry-sur-Seine

Christian CHAMPIRE, maire de Grenay

Stéphane GARNIER, maire de Lacave

Anne VIGNOT, maire de Besançon

Christian FAVERON, maire d’Unieux

Patrice LECLERC, maire de Gennevilliers

Gilles LEPROUST, maire d’Allonnes   

Gilles POUX, maire de La Courneuve

Azzedine TAIBI, maire de Stains

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