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Répartir ou investir contre la pauvreté ?

Tribune parue dans l‘Humanité du 6 novembre 2021

L’institut Montaigne, think thank libéral, vient de rendre public un rapport intitulé « les quartiers pauvres ont de l’avenir ». Sa lecture est intéressante car le travail statistique effectué par l’auteur, Hakim El Karoui, permet de cerner les caractéristiques de 3 grandes familles de quartiers populaires : les « post-industriels ; les excentrés, les « Maquiladoras » métropolitains.  L’auteur préfère le terme de « quartiers pauvres », au prétexte que « ces quartiers dits « de la politique de la ville » ont été identifiés sur le critère unique de leur pauvreté ».  Je préfère l’usage de quartiers populaires, dans le sens « qui sont du peuple » et non en marge, en périphérie.

Le travail statistique effectué permet utilement de casser 8 idées reçues sur ces quartiers, et particulièrement sur les populations concernées. Les deux principales, c’est qu’il est faux de penser que ce sont les habitants de ces quartiers qui perçoivent le plus d’argent public et que ces territoires, notamment en périphérie des métropoles, sont des territoires créateurs de richesses mais désavantagés dans le jeu de la solidarité nationale.

L’institut libéral démontre ce que les élu-es communistes disent depuis longtemps. La richesse créée en Seine-Saint-Denis sert à la solidarité nationale. Il est parmi les dix contributeurs les plus importants au financement par habitant de la protection sociale, et c’est le département où le montant des prestations par habitant est le plus faible. C’est aussi un département maltraité en termes d’investissement éducatif et d’offres de soins.

Merci aussi à l’auteur d’avoir souligné que « les groupes sociaux les plus concernés par le risque d’exposition, qui adoptent tout autant les gestes barrières, sont aussi ceux qui ont été les plus contaminés par le virus. (…) la surmortalité en Seine-Saint-Denis s’explique (…) un grand nombre de navetteurs d’abord parmi les « travailleurs clés », à qui l’on a demandé de poursuivre leur activité professionnelle pendant le confinement (…) et parce que la densité dans les logements est plus grande.»

Du constat aux « pistes d’actions » se construisent nos désaccords. L’auteur s’appuie l’ubérisation des entreprises et sur les lois libérales de marchandisation du logement social et d’affaiblissement du mouvement HLM (loi Elan…). Il préconise la baisse du nombre de logement sociaux alors que se sont les différentes lois libérales (Boutin, ELAN, égalité citoyenneté, …) qui organisent sa paupérisation. C’est, à l’inverse, la construction de logements sociaux qu’il faut imposer dans toutes les villes et non la diminution là où il y en a. C’est l’augmentation de l’offre pour éviter les sur-occupations, ou la prolifération des marchands de sommeil dans le privé. C’est l’abaissement des plafonds pour une diversification sociale des bâtiments à loyer modéré, une augmentation de l’aide à la pierre pour retrouver des loyers raisonnables.

Je reste toujours méfiant face à cette volonté de répartir la pauvreté pour la rendre invisible. Investissons la richesse créée, pour celles et ceux qui en ont besoin, où qu’ils soient et donc aussi dans les quartiers populaires. Il faut revenir sur les sous-investissements de l’Etat dans les domaines de la santé, de l’Education, de la rénovation urbaine. Il faut donner des moyens d’agir aux collectivités locales et mieux répartir les richesses créées.

Patrice leclerc

Maire de Gennevilliers

Pour lire le rapport de l’institut Montaigne, cliquez ici

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