Gennevilliers

Discours Marc Hourson, maire adjoint, Cérémonie 2016 du 8 mai 1945

Chers amis, anciens déportés, internés, combattants de la Résistance,

Chers collègues, élu(e)s,
Monsieur le député,
Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis en ce jour pour célébrer le 71ème anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie et la fin de la Seconde guerre mondiale.

Ce jour-là, le 8 mai 1945, la paix était enfin retrouvée, après 6 années de guerre et de destruction. Le bilan est dramatique : plus de 60 millions de morts, militaires et civils. Le conflit le plus meurtrier du siècle dernier laisse derrière lui des événements sans précédent : le génocide des Juifs et des Tziganes, l’horreur d’Hiroshima et Nagazaki et des millions de personnes déplacées, la France et l’Europe dévastées.

A Gennevilliers, on compte neuf fusillés : Jean Grandel, ancien maire de Gennevilliers et conseiller général ; Jean-Pierre Timbaud, directeur des œuvres sociales, premier directeur des colonies de vacances de notre ville et responsable syndical ; Georges Thoretton, jeune ouvrier syndicaliste du Carbone Lorraine. 61 morts en déportation, 27 dans les camps. Au total, 314 victimes gennevilloises, sans compter les disparus.

Par notre présence, nous rendons hommage à tous celles et ceux qui ont permis cette victoire sur le nazisme. Des hommes et des femmes différents, de religions ou de conceptions philosophiques et politiques différentes, issus de pays et de cultures différentes ont uni leurs forces pour dire
« non », non au fascisme, non à la guerre, non au totalitarisme et à l’intolérance poussée à l’extrême, c’est à dire à la négation de l’autre et au génocide.

Parmi eux les anciens de la guerre d’Espagne, ceux de la Résistance intérieure, communistes, socialistes, républicains, catholiques, progressistes, immigrés, dont Missak Manouchian en est le symbole et immortalise par l’affiche rouge plus largement tous ceux de la France libre combattants autour du Général de Gaulle. Et puis n’oublions jamais les combattants de l’Armée d’Afrique, qu’ils soient Marocains, Algériens, Maliens, Sénégalais, Tunisiens, Ivoiriens. Ils ont servi la France, souvent dans des conditions épouvantables, et ont payé un lourd tribut à la défaite du nazisme. La France se grandirait aujourd’hui à s’en souvenir plutôt que de considérer les ressortissants de ces pays en citoyens de seconde zone.

Leur combat est le symbole de la liberté retrouvée. Leur sacrifice pour un monde meilleur est une leçon de courage et d’espoir, un message de paix pour s’unir contre la folie des hommes.

N’oublions pas également que le 8 mai 1945 a une autre résonnance de l’autre côté de la Méditerranée. En Algérie, c’est dans la répression sanglante que se terminent les manifestations des Algériens sortis à Sétif pour réclamer leur dignité et leur indépendance.

Mesdames et messieurs,

Au-delà les combattants, il y aussi toutes les femmes et les hommes qui portèrent la flamme de l’espoir. Tous ceux que l’on appelle les résistants. Ces combattants de l’ombre sont parvenus à s’unir, à l’image de Jean Moulin qui sut organiser et unifier la résistance non seulement pour vaincre la barbarie nazie mais aussi pour anticiper une société future autour des valeurs de la république et de la démocratie, avec la création du Conseil National de la Résistance.

De cette période noire de notre histoire est né un nouvel ordre social qui a enfanté des réformes au contenu progressiste et social élevé, comme la sécurité sociale, le droit à la retraite, au logement, la nationalisation de l’électricité et du gaz, de la banque de France et des compagnies d’assurances, le droit de vote des femmes.

Résister c’est combattre l’ennemi, mais c’est aussi le réveil de l’esprit.

Aujourd’hui, comme hier, le motif de base de la Résistance, comme l’a écrit Stéphane Hessel, le corédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, c’est l’indignation : le combat pour la dignité. Certes, les raisons de s’indigner dans le monde complexe d’aujourd’hui peuvent paraître moins nettes qu’au temps du nazisme.

Mais en cherchant un peu, on trouve aisément : l’écart grandissant entre les très riches et les très pauvres, l’état de la planète, le traitement fait à ceux qui fuient la faim et la guerre, la course au
« toujours plus », à la compétition, la dictature des marchés financiers et les scandales de fraudes fiscales, les attaques frontales de la Loi El Khomri contre le droit du travail.

Cette commémoration ravive notre devoir de mémoire. C’est un appel à la vigilance, à l’indignation et la résistance. Cette journée appelle la paix entre les peuples, la fraternité qui se dessine à Gennevilliers par nos liens étroits et nos coopérations avec les villes de Bergkamen, La Baneza, Ostrowieck, par nos actions de solidarité avec le peuple de Palestine, de Syrie pour une paix juste et durable.

Les derniers mois nous ont montré combien nous devons rester prudents et en alertes, face à la montée irrésistible du fascisme et de la barbarie. Le combat contre le racisme et la lutte contre les discriminations constituent des points d’honneur sur lesquels nous ne transigerons pas. Notre ville, forte de sa diversité sociale et culturelle, sera toujours fière de rassembler les forces vives locales autour des valeurs du vivre-ensemble.

A nous de construire un monde meilleur, un monde de fraternité, en ayant pleinement tiré les leçons de l’histoire.
Sur une planche de la baraque 6, à Châteaubriant, où furent consignés les otages, juste avant leur exécution par les nazis, figure une inscription du résistant communiste Guy Môquet, fusillé à l’âge de 17 ans : « vous qui restez, soyez dignes de nous ! Les 27 qui vont mourir ».

Que cette inscription parmi bien d’autres écrites avec les ongles et le sang des martyrs de Châteaubriant et des dizaines d’autres camps de déportés et camps de la mort, nous rappellent chaque année, le 8 mai, que la paix, la démocratie, les valeurs républicaines, le respect de l’autre, la tolérance, mais aussi le progrès économique, social ou environnemental, sont des combats de tous les jours et qu’à aucun moment nous devons baisser la garde, ni relâcher notre vigilance.

A tous ceux qui ont survécu à cette horrible guerre, à ceux qui perpétuent aujourd’hui le message universel « plus jamais ça » et qui se mobilisent chaque année pour le faire vivre, à ceux qui, présents parmi nous, trouvent dans leur combat quotidien pour une société plus juste et plus humaine, un prolongement aux messages d’espoir de la résistance, à vous tous simples citoyens, démocrates, républicains, à tous les enfants, je vous remercie de votre présence, de votre action et du souvenir de mémoire qu’à travers vous tous, nous partageons.

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