Gennevilliers

Discours cérémonie de la déportation à Gennevilliers et résidence Camille Cartier

Cérémonie de la déportation – Samedi 23 avril 2016 – intervention de Patrice Leclerc, Maire

Chers Amis,
Chère Véronique DESMETTRE, Conseillère déléguée en charge de la mémoire.
Mesdames, Messieurs,

En cette journée dédiée au souvenir de la libération des camps nazis de concentration et d’extermination, nos pensées vont d’abord vers les souffrances de celles et ceux qui y sont morts. Nous voulons aussi rendre hommage aux déportés qui, grâce à la solidarité face à la tyrannie, ont survécu malgré l’horreur de leur situation.
Le simple rappel des chiffres est à lui seul effrayant. Ce sont au total 8 millions de victimes de 23 nations qui ont endeuillé à jamais l’histoire de l’humanité.

Dans l’Europe occupée, le régime hitlérien a ouvert 203 camps, dont 12 camps de concentration, 6 camps d’extermination, avec pour principe la supériorité de la dite « race aryenne » et pour conséquence l’élimination de leurs opposants et l’éradication par des méthodes de mort industrielle de plusieurs millions de femmes, d’hommes et d’enfants. Auschwitz, avec ces deux chiffres horribles, 54 fours crématoires et un million de morts, reste l’odieux symbole de la folie meurtrière nazie.

Pour m’être déjà rendu là-bas, je n’oublierai jamais l’émotion ressentie en ce lieu terrible, où l’on perçoit trop bien l’organisation froide et administrative du génocide.
Rappelons-nous que le premier camp, Dachau, s’était ouvert dès 1933. Aux déportés pour motifs raciaux, religieux, ethniques, philosophiques, il faut ajouter les politiques, patriotes, combattants des maquis et otages.

Pour cinq millions et demi de déportés, il y a eu plus de 4 millions de disparus, dont la majorité fut gazée dans les camps.

En ce jour de commémoration, notre pays ne doit pas oublier non plus le souvenir de tous ces visages de parents, d’amis, de voisins ainsi que de ces familles entières qui se déplaçaient, portant l’étoile jaune cousue côté cœur.
Pour la France, je vous rappelle qu’il y a eu près de 83 000 déportés pour motifs raciaux et religieux.
Sur les 76 000 Juifs déportés, seuls 2 000 d’entre eux ont survécu ; sur 93 500 déportés politiques, près de 32 000 d’entre eux sont morts, et sur les 45 500 résistants et patriotes détenus, près de la moitié d’entre eux a été exterminée.

Même si les témoins de l’inimaginable sont chaque année moins nombreux, notre devoir est de commémorer cette journée des déportés, car, génération après génération, le souvenir des martyrs et de ces morts doit être perpétué.

Mesdames, Messieurs, souvenons-nous de ces victimes et de celles et ceux qui n’ont eu de cesse d’écraser la « bête immonde » pour rendre l’espoir à l’humanité.

Il convient d’associer déportés et résistants, car ensemble ils symbolisent ce que le cœur de l’homme a de plus noble et exaltable face à la bestialité des dictatures de toute sorte.

Leur mort n’est pas un chant funèbre : c’est l’appel profond au combat pour la vie.

Nous leur sommes redevables d’avoir permis de maintenir vivantes les valeurs indispensables à la République, celles de justice et de respect des autres, de liberté, d’égalité et de fraternité.

Parmi eux, de nombreux Gennevilloises et Gennevillois :

Jean Grandel, maire de Gennevilliers, volontaire des Brigades Internationales sur le front de la guerre d’Espagne en 1937, Conseiller Général communiste de Gennevilliers.

Jean-Pierre Timbaud, responsable syndicaliste des Métallurgistes parisiens, directeur de la 1ère colonie de vacances des enfants de Gennevilliers à Granville.

Georges Thoretton, jeune ouvrier syndicaliste de Carbonne Lorraine, mort à 27 ans pour avoir refusé de travailler pour la machine de guerre nazie. Arrêtés par la police de Vichy, ils furent fusillés par les nazis à Châteaubriant le 22 octobre 1941 avec le jeune Guy Moquet, comme le furent plusieurs de leurs camarades au Mont Valérien.
Camille Cartier, rejoignit, elle, la Résistance dès 1940. Arrêtée en février 1941 puis déportée en 1944 à Ravensbrück, elle est assassinée, gazée le 28 février 1945.

13 Gennevillois furent arrêtés puis emprisonnés à Compiègne, ils partirent pour Auschwitz le 6 juillet 1942, et n’en sont jamais revenus.

Nous rendons hommage aux 314 Gennevilloises et Gennevillois recensés, victimes de la barbarie nazie dont 61 sont morts en déportation.

Un hommage, malheureusement, encore plein d’enseignements utiles pour aujourd’hui. Voyons où conduit la haine de l’autre ! Voyons où conduit la banalisation du racisme ! Voyons où conduit le repli sur soi, le manque de solidarité !

La bête immonde enfermait, déportait, tuait, torturait, avilissait… Elle est malheureusement toujours féconde. Indignons-nous, pour reprendre les propos de Hessel, Indignons nous contre ces sinistres discours dont le corpus puise dans les idées de l’extrême droite française, indignons nous quand certains désignent à la vindicte publique telle ou telle communauté.

Faisons qu’ensemble le souvenir de nos martyrs, le souvenir de la Résistance et de son idéal se poursuivent.

Je vous remercie pour votre fidélité, pour votre vigilance.

 

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Journée de la Déportation – Camille Cartier
Samedi 23 avril 2016
Patrice Leclerc, Maire

Chers Amis,
Anciens Déportés, Résistants, Internés, Patriotes,
Anciens Combattants,
Mesdames, Messieurs,

Chaque année, en cette journée de souvenir et de commémoration, nous nous réunissons pour rendre hommage à Camille Cartier.

Camille habitait dans notre ville, avenue de Paris, et travaillait comme manœuvre en usine. Dès 1940, à 52 ans, elle rejoint la Résistance et entre en clandestinité. Avec d’autres camarades Résistants de Gennevilliers, elle est arrêtée le 19 février 1941.

Emprisonnée à la Roquette, puis à Fresnes, elle est jugée par une cour spéciale et condamnée à 5 ans de prison. Camille est alors transférée à la prison de Rennes, seule maison centrale de femmes en France et qui regroupe 75% du total des femmes condamnées politiques.

Le 5 avril 1944, elle est déportée au camp de concentration de Ravensbrück. Elle y passera de longs mois de travail forcé au service des plus importantes entreprises de textile ou d’armement allemandes.

Le 27 février 1945, devant l’avancée de l’Armée Rouge, ont lieu les premières évacuations de déportées vers les autres camps nazis. Les plus faibles sont exterminées, gazées, ce sera le cas de Camille Cartier le 28 février 1945.

Camille était simple et modeste, s’engageant pour la liberté, parce qu’elle ne supportait pas de voir son pays occupé.

D’autres femmes ont mené le même combat. Résistantes contre l’oppression nazie comme Lucette MAZALAIGUE et Louise CADORET.

En France les femmes n’ont acquis le droit à la citoyenneté que depuis 1945, alors que dans d’autres pays ce droit était reconnu aux femmes depuis longtemps.

La possibilité de voter et d’être élue est une conquête qui a nécessité des luttes longues et difficiles pour aboutir, enfin, à l’obtention d’un droit qui aurait dû être naturel.

Mais rendre hommage à Camille Cartier c’est aussi rendre hommage à son combat en tant que femme et à toutes celles qui se sont battues pied à pied pour obtenir l’égalité des droits.

Aujourd’hui encore des femmes se battent chez nous, en Europe, dans le monde, pour obtenir plus de liberté, le droit de chacune à être reconnu comme un être à part entière. Elles luttent au quotidien contre toutes les formes de discrimination.

De plus en plus elles sont confrontées à des atteintes sans précédents de leurs droits, comme celui à l’IVG avec la réforme des hôpitaux, le planning familial, la difficile reconnaissance de leurs compétences professionnelles, les salaires toujours inférieurs à celui des hommes. Ce sont autant de reculs préjudiciables à tous.

Nous nous sommes engagés à Gennevilliers, ave les « Urbaines », dont je salue le remarquable travail, dans une série d’actions sur la « Ville côté-femmes », visant notamment à une réflexion sur la place des femmes dans la ville.
Il faut le redire : Il ne peut y avoir de progrès social dans une société qui exclut la moitié de l’humanité.

Chers Amis, anciens Déportés, Résistants, Internés, Patriotes, anciens Combattants, Mesdames et Messieurs,

Je vous remercie de votre présence qui rend hommage, à travers, Camille Cartier, à toutes les femmes et tous les hommes qui ont fait et feront notre histoire.

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