Gennevilliers

Plaidoyer pour le logement social à l’occasion de la présentation du Livre : Toit mon Toit Jeudi 18 juin à Gennevilliers

Intervention de Patrice Leclerc, Maire

Mesdames, Messieurs,

Merci de votre présence pour cette initiative sur le logement à l’occasion de la sortie du livre de l’OPH de Gennevilliers « Toit mon toit ».

A mes côtés :
– Carole LAFON, Maire adjointe chargée du logement,
– Anne-Laure Perez- Valentin, Première adjointe et Présidente de la SEMAG, société d’économie mixte, partenaire privilégié de la Ville pour l’aménagement urbain et notamment la construction de programme d’habitat,
– Isabelle MASSARD, Maire adjointe et Présidente de la Coopérative Boucle de la seine, opérateur immobilier pour l’accession sociale à la propriété,
– Marc HOURSON, Maire adjoint et Président de l’OPH, , qui nous présentera dans quelques minutes le livre qui retrace l’Histoire du logement social depuis les débuts de l’OPH.

Je profite de l’occasion pour donner quelques éléments sur nos orientations politique dans le domaine du logement.

Notre ville s’est construite, par et autour du logement social. C’est la richesse de notre ville, notre orgueil que d’avoir ainsi, équipe municipale après équipe municipale, de Waldeck L’HUILLIER à aujourd’hui, essayé de répondre au droit au logement pour tous, un droit auquel nous ajoutons une exigence de qualité.

Nous sommes comme un îlot d’exception dans ce Grand Paris, et surtout dans ce bain d’idéologie dominante, de pensée unique qui fait croire que le logement social est synonyme de problèmes, de cas sociaux.

Les spéculateurs immobiliers, les libéraux qui préfèrent un peuple endetté à un peuple combatif, ont gagné cette bataille des mots, cette bataille sur le terrain en donnant une connotation négative au mot social, au mot logement social.

Résultat : personne n’en construit, les loyers flambent dans le privé, les délais d’attente s’allongent pour avoir un logement, les riches refusent les constructions dans leur ville, ils se ghettoïsent pour vivre entre eux.

Résultat, les salariés, celles et ceux qui n’ont que leur salaire, leur pension de retraite, ou leur indemnité de chômage pour vivre sont chassés de la petite couronne parisienne, ils doivent s’expatrier de plus en plus loin.
Le logement social, c’est pour nous le moyen de continuer à embellir notre ville, à la développer, à la rendre attractive sans chasser les Gennevillois. Vos enfants, vos petits-enfants doivent pouvoir rester à Gennevilliers, s’ils le souhaitent, et ils ne pourront le faire que s’il y a du logement social.

Nous assurons la diversité du logement aussi avec les constructions de copropriétés, de logements en accession sociale avec la SEMAG ou encore plus aidé avec la Coopérative Boucle de la seine. Nous assurons à toutes et tous, le parcours résidentiel possible ou souhaité. C’est pour cela que toutes nos opérations comptent 50% de logements sociaux et 50% en accession.

Le logement social c’est le logement public. Celui qui permet de garantir à tous le droit au logement. Oui, le Droit au logement existe en France.

Oui, il est consacré par la Constitution et par nombre d’autres lois qui en garantissent l’accès à tous. Non, dans les faits, car il n’y a jamais eu autant de personnes dans la rue, de mal-logés.

Le logement social est mal traité car les financements qui permettaient d’en construire ont petit à petit été grignotés par l’Etat et les pouvoirs publics.

En effet, les crédits destinés à accompagner la construction de logements sociaux, que l’on appelle les aides à la pierre, ont été drastiquement réduits, depuis plus de 40 ans.

Aujourd’hui construire du logement coûte très cher. Les prix d’achat des terrains, ce que l’on appelle le foncier, se sont envolés. C’est le fruit de la spéculation financière et des appétits non dissimulés des investisseurs immobiliers.

A Gennevilliers, nous avons réussi à contenir cette inflation grâce à l’action, notamment de la SEMAG, et à la maitrise foncière de la ville. Mais nous subissons les baisses de subventions pour construire de nouveaux logements.

Notamment celles particulièrement injustes, décidées par le Conseil départemental des Hauts de Seine, qui refuse d’accompagner financièrement la construction des logements sociaux dans les villes qui en possèdent plus de 35%.

Vous n’êtes pas sans savoir que la loi, appelée Loi SRU, impose, à chaque commune d’avoir un taux de logement social d’au minimum 25% de l’ensemble de son patrimoine locatif.

Or de nombreux maires ne respectent toujours pas la loi. Dans les Hauts-de-Seine 22 villes sur 36 sont en dessous.

A titre d’exemple : Neuilly comporte 4,40 % de logements sociaux, Boulogne-Billancourt, 13,68% soit un déficit de 6 421 logements. Au niveau départemental, ce déficit atteint 27 838 logements.

Et c’est dans cette situation que Patrick Devedjian punit Gennevilliers en refusant de subventionner le logement social et soutien ses amis. C’est la prime aux mauvais élèves, à l’entre soi égoïste. Merci, Chère Elsa, de défendre notre ville au Conseil départementa.

Il est urgent d’imposer le respect de la loi et de mettre en place de véritables sanctions pour les villes qui ne mettent pas en œuvre la loi SRU.

Quand le Premier Ministre parle de territoire d’apartheid, il a raison, mais il devrait parler des villes qui pratiquent en réalité l’apartheid social.

A Gennevilliers nous construisons des logements en accession à la propriété, aucun habitant de Neuilly n’est empêché de venir habiter ici, par contre à Neuilly il n’y a pas de logement social, aucun Gennevillois ne peut y habiter.

La générosité, la solidarité, la volonté du vivre ensemble existe ici, dans notre ville moderne et populaire, cela n’existe pas dans les quartiers du CAC 40.

En 20 ans, le nombre de logements sociaux dans les Hauts-de-Seine a reculé, le peu de ville de droite qui sont au-dessus des 25% de la loi SRU prennent cela comme un plafond et non un plancher ! Il y a pourtant des terrains puisqu’ils construisent des logements de standing.

Il y a 75 000 demandeurs de logements sociaux dans les Hauts-de-Seine. Toutes les villes doivent répondre à ce besoin.

Ici, à Gennevilliers, nous respectons les habitants, tous les habitants. Nous nous battons pour conserver les moyens financiers de cette politique.
Ainsi, les équipes précédentes ont effectué, en lien avec les citoyens, de belles opérations de réhabilitation urbaine : au Luth, aux Grésillons, et demain aux Agnettes pour redonner une qualité à cet habitat, devenu plus ancien. Le Fossé a été rénové aussi en son temps. Nous travaillons sur BRENU.

Regardez aussi les nouveaux programmes de logements sociaux aujourd’hui, ou personne ne peut faire visuellement la différence entre les copropriétés et les logements HLM. Nous revendiquons un logement social de qualité car riche ou modeste, on a droit à un logement agréable. C’est une question de dignité.

A Gennevilliers, nous menons cette politique d’accès de tous au logement social, car ce sont nos enfants, les salariés de la Préfecture ou des entreprises privées qui composent les 72 % des demandeurs alto-séquanais éligibles au logement social.

De même, il faut agir contre la loi BOUTIN et le surloyer, qui poussent en dehors du logement social des familles aux revenus moyens. Que ceux qui nous parlent de mixité sociale, ne commencent pas par détourner le rôle du logement social en le réduisant aux logements pour pauvres.

Il ne faut pas chasser des HLM les locataires qui ne sont pas riches mais qui ont plus de pouvoir d’achat que les autres. C’est souvent eux qui animent les amicales de locataires, l’association de parents d’élèves, développent de la solidarité concrète dans les quartiers. Le logement social doit pouvoir réunir la diversité du monde du travail et de la création, c’est cela qui permet de construire et faire de la ville.

Si problème, il y a dans le logement social, ce n’est pas la faute du logement social.

Ce n’est pas le logement social qui crée le chômage mais le chômage qui crée les difficultés de vie dans le logement social !

Cette pénurie de logement social en région Ile-de-France et dans les Hauts-de-Seine, favorise les marchands de sommeil. Ces individus qui se font de l’argent sur le dos de la misère. Nous poursuivons la lutte contre les marchands de sommeil. Ces propriétaires qui louent à des tarifs exorbitants des appartements insalubres, indignes à l’habitation, des garages, des caves, à des familles dans le besoin.

Nous engageons des procédures judiciaires contre eux pour que leur bien soit remis aux normes ou interdit à la location. Nous allons parfois jusqu’au rachat de ces biens.

Nous agissons également auprès des services de l’Etat pour que l’ensemble des Villes du 92 participent au relogement des familles prioritaires reconnues DALO (Droit au logement opposable). Car vous imaginez aisément combien il est facile de faire peser l’effort sur les villes et les quartiers à forte concentration HLM.

Nous agissons également auprès de bailleurs sociaux, propriétaires de foyers de travailleurs migrants pour qu’ils entretiennent leur patrimoine et que les résidents puissent y vivre dignement. Nous sommes prêts à travailler au relogement de Chibanis si nous pouvons engager une résorption des foyers.

Nous n’accepterons pas que les foyers, comme les hôtels servent à traiter sur notre ville le manque de logements dans toutes les villes de la région parisienne.

Cela ne pourra pas être un moyen détourné pour l’Etat de ne pas exercer son autorité sur toutes les villes, pour rendre effectif le droit au logement, imposer la construction de logement sociaux.

Nous ne construisons pas seulement des logements pour construire de la ville en développant les services publics comme les écoles, les crèches, les structures Jeunesse, sportives et culturelles, les coulées vertes, les espaces publics de qualité qui jalonnent tous nos quartiers.

L’OPH, avec près de 8 000 logements, est un bailleur de qualité, de proximité. Une garantie d’être au plus près de ses locataires dans la gestion. En témoigne, le nombre de gardiens. En 2014, 91% des locataires de l’OPH se disaient satisfaits de leur bailleur.

Je tiens, en votre nom à tous, à remercier Marc HOURSON, Président, Emmanuelle SANZ, Directrice Générale, et tout le personnel de l’OPH pour le travail de proximité et de lien social qu’ils exercent.

Pourtant, cette proximité de gestion risque d’être remise en cause par une loi actuellement en débat au parlement. Le projet de loi qui organise la création de la Métropole du Grand Paris, prévoit en effet, le transfert de la compétence logement à la Métropole. C’est-à-dire que ce ne seront plus les villes qui exerceront les compétences en matière de logement.

Imaginez le désastre si nous n’avons plus dans quelques années la possibilité de choisir ni où ni quoi se construit dans notre Ville. Ma grande inquiétude est aussi vis-à-vis de l’OPH. Imaginez le désastre si les organismes HLM sont fusionnés et deviennent un seul et unique interlocuteur lointain et bien en peine de répondre correctement, aux missions de proximité, pourtant nécessaires, pour mettre de l’humain dans l’urbain, pour rendre la vie commune plus facile, plus agréable.

Au sein de la Métropole du Grand Paris, je porte, avec d’autres Maires ces revendications. Il y a consensus pour demander que les OPH de plus de 5000 logements puissent rester de compétence communale. Un amendement adopté en seconde lecture au Sénat, (à l’initiative d’un sénateur issu de la majorité et un autre de l’opposition) va en ce sens. Le gouvernement a laissé la Haute Assemblée le voter en s’en remettant à sa sagesse.

Je regrette que le député de notre circonscription aille à l’encontre de ce vote et agisse pour que notre OPH soit transféré à une intercommunalité et non à la commune. Ce choix va à l’encontre des intérêts des Gennevilloises et des Gennevillois. J’espère que le gouvernement entendra sur ce sujet la voix de la raison.

Par ailleurs, je vous réaffirme notre détermination à faire respecter notre ville. Nous avons obtenu d’être reconnus comme site prioritaire pour la construction de logements sociaux tout en gardant la maitrise. Nous avons refusé que Gennevilliers soit sous Opération d’Intérêt National – OIN – qui permet au Préfet de se substituer au Maire pour donner des permis de construire.

Pareillement, concernant les attributions de logements, comment peut-on imaginer que celles-ci soient mieux gérées par une institution éloignée des villes et de leur habitants. Quelles seront les priorités de relogement ? Les décideurs métropolitains orienteront-ils les demandeurs les plus précaires vers les villes les plus populaires ?

Actuellement, nous sommes en mesure d’attribuer entre 500 et 650 logements par an en fonction du nombre de constructions neuves livrées et du nombre de logements libéré. Avec la Métropole, que deviendront les demandes de logement des Gennevillois ? Elles seront noyées dans la masse des 560000 demandeurs d’Ile de France. Pensez-vous qu’elles seront mieux prises en compte ? Je suis persuadé de l’inverse.

Si la situation, aujourd’hui, est parfois compliquée, que les délais d’attente sont jugés trop longs. Qu’en sera-t-il avec La Métropole ? Quand nous ne maitriserons plus rien ?

A ceux qui disent que la métropole est la solution pour la construction de logements, je réponds : fadaise. Fadaise pour 3 raisons :
– qui peut croire que M. Devedjian ou l’un des siens, qui refusent déjà la construction de logements sociaux dans les Hauts-de-Seine, en construira une fois à la tête de la Métropole ?
– qui peut croire qu’un Conseil de maires qui dirigerait la métropole pourra imposer à d’autres maires la construction de logements sociaux ?
– qui peut croire que la question du logement est une question de gouvernance et non une question de choix politique.

En fait on se moque des citoyens avec de tels arguments. Il faut que l’Etat prenne ses responsabilités et c’est tout. Il faut accepter le conflit entre deux légitimités sur le logement : la légitimité du bloc communal et la légitimité de l’Etat.

Aujourd’hui, nous avons 3 200 demandeurs de logements. Les délais d’attente sont toujours trop longs pour qui a besoin d’un logement. Ils sont plus longs pour les grands logements. Dans de nombreuses villes, les délais sont largement supérieurs à ceux de Gennevilliers. La pénurie de logements en Ile de France renforce indubitablement la pression des demandeurs sur les villes qui ont des logements sociaux.

Vous le savez, nous avons déjà ouvert la Commission d’attribution de logements à l’opposition municipale.

Nous ferons du mois d’octobre de cette année, un mois de discussion, d’informations sur la situation du logement à Gennevilliers, un débat public sur les critères d’attribution. Nous tenons cet engagement, pris dans la campagne électorale, car comme l’équipe précédente nous avons à cœur de faire ce que l’on dit. C’est notre contrat de confiance avec vous.

Il est temps que la question du logement cesse d’être un problème individuel, personnel, pour devenir une question collective, une question de société sur laquelle nous devons agir ensemble.

Je vous remercie de votre attention et je passe la parole à Marc HOURSON

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