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Intervention de Patrice Leclerc lors du colloque laïcité le 10 octobre 2014 organisé par l’Académie des banlieues à l’Assemblée Nationale

laiciteJe suis maire, communiste, matérialiste indifférent à l’existence ou non d’un dieu.

Je suis élu dans une ville ou la question de la laïcité fait partie du débat public, et un peu moins du débat politique, peu publiquement, mais dans les appartements, dans les cafés, par les voisins de la mosquée. La peur certainement d’affronter une question forte en polémiques potentielles.

Laïcité vécue comme une agression antireligieuse, voir islamophobe. Laïcité vécue comme remise en question avec la présence de nombreuses femmes voilées dans l’espace public. Laïcité appelée, convoquée pour pouvoir assurer sa liberté de vie. Chacun s’en doute, le climat national et international stigmatisant une religion, des populations n’arrangent rien en poussant soit à la haine ou la peur de l’autre, soit au repli.

C’est dans ce contexte que notre majorité municipale ce fixe pour objectif de développer l’en commun, le projet commun de ville, de proposer à toutes les femmes et tous les hommes de notre ville une aventure commune dans la construction d’une ville belle et rebelle, dynamique, où l’appartenance à une communauté gennevilloise, à une communauté de classe dépasse, sans les nier, les identités  spécifiques de chacune et de chacun.

Je partage beaucoup  des propos d’Henri Pena Ruis :

  • Amour de la laïcité, laicité sans adjectif
  • Accord sur la séparation de la religion et du politique
  • Attachement à la lutte des classes
  • Inscription de la laïcité comme principe émancipateur dans le combat social et de classe

Je suis par contre en désaccord, avec le récit qu’il fait, qui conduit à une pratique politique qui  remet en cause la construction de l’en commun.

Désaccord qui prend peut-être sa source dans le premier exemple qu’Henri a pris pour introduire son propos. Oui, nous sommes des êtres universels, mais contrairement à Henry je ne pense pas que notre premier réflexe soit de voir en l’autre « l’être universel ». Sinon on ne comprendrait pas la constitution de ses associations de bretons en Ile-de-France, on ne comprendrait pas que l’entreprise des cafés Richard à Gennevilliers n’embauche pratiquement que des aveyronnais,… On ne comprendrait pas mon réflexe grégaire d’avoir un regard plus sympathique dans une gare vers celui ou celle qui a l’Huma sous le bras qu’envers les autres personnes dans la foule. Nous allons donc plus vers celui ou celle qui nous ressemble ou avec qui on se sent une affinité. La question est de savoir si cette affinité « naturelle » communautaire est un repli ou une fierté qui permet de s’ouvrir aux autres.

Eviter le repli, éviter la haine  ou la peur de l’autre, impose de travailler sur la dignité de chacune et de chacun, la reconnaissance de chaque personne pour aider à l’ouverture sur le commun, l’être ensemble, fier de son identité personnel, car se sentant respecté et donc prêt à respecter les autres.

Dans cette objectif, la laïcité est un formidable concept, pour construire de l’en commun. Car la laïcité, ce n’est pas d’abord des interdits, c’est d’abord une liberté de croyance, une liberté de conscience qui permet aux hommes et aux femmes qui composent une société d’y vivre comme ils le souhaitent.

La laïcité, cette neutralité d’opinion et de religion, s’applique donc aux agents de l’Etat, aux agents du service public et non aux usagers de celui-ci, aux citoyennes et citoyens.

Cela me rappelle mon expérience personnelle au lycée. Les enseignants avaient voulu m’empêcher de déambuler avec l’Humanité, de militer à la JC dans le lycée sous prétexte de laïcité. Je leur répondais que la neutralité laïque s’imposait à eux et pas à moi.

Puisque nous sommes à l’assemblée nationale, permettez moi de reprendre à mon compte les propos de Marie-George Buffet :

 « La Laïcité ne doit pas non plus consister en une séparation factice, voire schizophrène, entre l’espace public et l’espace privé, cantonnant l’espace de la liberté d’opinion là où elle n’est pas visible. On demanderait ainsi à chaque individu de renier ce qui, finalement, construit son identité pour ne montrer à la société que ce qui le réunit au reste de la nation. Or ce n’est acceptable, ni du point de vue de l’individu qui ne peut accepter que ses déterminants identitaires se voient cantonnés hors de l’espace public, ni du point de vue de la République, qui ne peut, par nature, se désintéresser de ce qui se déroule dans l’espace privé. »

Je pense qu’il est bon de se situer, comme élus pour la liberté individuelle et collective de pratiquer ou non une religion. La société doit donc organiser cette liberté. C’est la laicité qui permet aux femmes et aux hommes de vivre dans un monde où ils peuvent en toute liberté, se forger une opinion, un croyance car elle sont dans une concurrence « libre et non faussée » pour reprendre une formule libérale, concurrence organisée par l’Etat qui ne promeut aucune religion.

Cette notion de liberté est importante car elle pousse à réfléchir et à agir aussi quand la liberté de ne plus croire, la liberté de vivre comme on veut n’est plus assuré à cause d’une forte pression sociale religieuse.

Cette conception de la laïcité qui rime avec liberté, est donc liée avec une conception de la vie en société qui se gère par le conflit politique.

Dans une ville comme Gennevilliers, il nous faut agir et promouvoir tout azimut l’égalité Homme/Femme, promouvoir la place des femmes dans l’espace public, dans le débat public.

La puissance du peuple, ce ne sont pas des hommes et des femmes qui cachent leur propre identité, ce sont des hommes et des femmes qui sont reconnus dans leur dignité parce qu’ils s’affrontent dans leur conception de la vie et décident quand même de faire société ensemble. Or, toute la politique aujourd’hui vise à empêcher ce conflit politique. On passe par la législation pour s’éviter le débat politique, on ne fait que le cacher pour qu’il nous explose mieux à la figure plus tard, avec des personnes qui attendent leur tour pour prendre leur revanche sur celles et ceux qui les humilient.

Pour ces raisons je ne regrette pas l’action de la municipalité pour favoriser la création d’un carré musulman, la construction d’une mosquée comme lieu de dignité et de fierté pour tous.

Développer la puissance du peuple, c’est travailler sur cette dignité de gens qui composent ce peuple, les reconnaître tels qu’ils sont, avec leurs croyances, leur non croyance, sans démagogie, sans fuir le débat politique et en cherchant à construire, à démontrer que nous avons des intérêts communs, du commun à construire ensemble, là où nous sommes. Développer des pratiques communes pour nous transformer tous ensemble.

Le piège est de poser la laïcité toujours en rapport à l’islam. C’est une manière d’empêcher la construction d’une conscience de classe et c’est ce qu’a fait Nicolas Sarkozy pendant des années, en créant des replis identitaires qui ne permettent plus d’avoir de débats sur la société que l’on veut construire ensemble. Ce climat islamophobe qui se développe aujourd’hui est un piège tendu aux progressistes, aux laïques.

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