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Grève de la faim de la famille de Ben Brik

un article de l’Humanité

« Les seules armes qu’il nous reste, ce sont nos corps », a déclaré son épouse pour expliquer le recours à cette ultime forme d’action afin de faire libérer le journaliste tunisien.

Ne voyant rien venir, en dépit des lettres adressées aux plus hautes autorités du pays, alors que l’état de santé de Taoufik Ben Brik ne cesse de se détériorer et d’inquiéter ses proches (voir notre édition du 5 janvier), sa femme, Azza Zarrad, mais aussi ses cinq frères et ses deux sœurs ont entamé à partir de mercredi une grève de la faim illimitée « jusqu’à sa libération ». C’est par texto (voir encadré) adressé à l’Humanité qu’Azza Zarrad en a fait l’annonce. « Les seules armes qu’il nous reste, ce sont nos corps », a-t-elle assuré.

Opposant de longue date au régime de Ben Ali, Taoufik Ben Brik, qui avait écrit une série d’articles contre le pouvoir tunisien durant la dernière campagne pour l’élection présidentielle, a été condamné le 29 octobre à six mois de prison au terme d’un procès expéditif pour « agression, atteinte aux bonnes mœurs et dégradation ». Et ce à la suite d’une plainte déposée par une jeune femme se présentant comme femme d’affaires qui, de surcroît, était absente le jour du procès  ! Depuis, il est incarcéré à la prison de Siliana (130 km de la capitale tunisienne) connue pour ses pénibles conditions de détention, et où les visites dépendent souvent du bon vouloir de l’administration péniten-tiaire. Le journaliste souffre de plusieurs maladies « pouvant menacer son pronostic vital » et nécessitant « un suivi et une surveillance régulière » selon le diagnostic établi par le Comité médical de soutien de Taoufik Ben Brik, signé par quatre médecins tunisiens.

Face à ces dénis de justice et atteintes au droit élémentaire d’expression et malgré un lourd climat répressif, la société tunisienne n’est pas restée inactive. Le 30 décembre, un rassemblement de protestation, dispersée brutalement par la police, a eu lieu devant le siège du journal Al Mawqaf, organe du Parti démocratique progressiste (PDP, opposition). Ce premier mouvement protestataire a été suivi d’un second, organisé mardi dernier par le Comité tunisien pour la protection des journalistes pour la libération de Ben Brik et de Zoheir Makhlouf, condamné à trois mois de prison ferme pour un reportage sur la zone industrielle de Nabeul (est de Tunis). À l’appel de ce comité, non reconnu par les autorités, une trentaine de journalistes et de cybernautes ont observé le 5 janvier une journée de grève de la faim. « C’était un acte pacifique pour attirer l’attention des autorités sur les conditions de nos confrères et nous espérons être entendus », a déclaré Mohamed Hamrouni, cité par l’AFP. Cette initiative, selon le Comité tunisien pour la protection des journalistes, a reçu le soutien de plusieurs personnalités de la société civile tunisienne.

Sourd à ces protestations, assuré du silence assourdissant de la France et de l’UE, le régime de Ben Ali fait comme si de rien n’était et poursuit tranquillement sa politique répressive contre l’opposition démocratique.

Hassane Zerrouky

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