communistes unitaires

CN du PCF du 24 avril 2007. Intervention de Philippe Stierlin

CN du PCF – 23 avril 2007   – Intervention Philippe Stierlin
Nous ne serons utiles qu’avec les autres 
 « La foi comporte un certain aveuglement où se complaît l’âme croyante »
André Gide

  • Le score de Marie-George ce dimanche 22 avril est celui obtenu par le PCF. Il était non seulement prévisible mais évitable. Pourquoi le noyau dirigeant du PCF n’a t-il pas voulu éviter ce score aux communistes, au nécessaire rassemblement contre les politiques libérales et sociale-libérales, à la gauche toute entière et au pays ? Telle est la question ? Depuis plus de 6 mois, les communistes unitaires du Conseil National n’ont eu de cesse de répéter que nous allions au fiasco. Lors du CN de juillet 2006, j’avais moi-même indiqué, je cite : « Face à situation, le PCF a pour tâche politique de chercher et de proposer des solutions pour résoudre l’équation Buffet-Besancenot-Bové. C’est son utilité. S’il ne le fait pas, il risque de le payer au prix fort ».  

  • Mais opposés à cette recherche de solution, les mêmes dirigeants qui ont fait s’écrouler la maison commune nous disent ce matin « tenez bon le pinceau, nous tenons toujours l’échelle ».
  • Le rapport présenté ce matin me fait penser à ce mot d’un encyclopédiste des Lumières «  Celui qui présume avoir toujours raison tout seul est d’autant plus aveugle qu’il ne reconnaît pas son aveuglement ». Bref, le Parti a toujours raison. Etre ainsi bouché à l’émeri des oreilles et des yeux est effarant.
  • A quel score considère-t-on que nous nous sommes trompés ? Nous avons fait 1,9%. Après avoir mis en cause les sondages et les sondeurs, eux aussi responsable, le rapport peut difficilement contester cette réalité. Ce score minuscule se suffit à lui même : il s’agit d’une nouvelle et supplémentaire catastrophe de fond. Elle crée les conditions pour que l’on parle d’un patrimoine politique commun à l’imparfait ou au passé.   
  • La grille de lecture essentielle du rapport relative ce score est celle du vote utile qui laminerait la gauche hors du PS. Il s’agit d’une explication trop facile, érigeant une situation recouvrant une certaine réalité en vertu et à valider les choix effectués à travers cette lecture comme étant les bons ou les seuls possibles. 
  • Or, d’une part le PCF subit le vote utile depuis 20 ans, d’autre part nous savions depuis avril 2002 que ce phénomène serait structurant. Il imposait encore plus de ne pas faire comme d’habitude. A la différence de 2002, nous avions les outils pour cela. C’est d’autant plus sidérant. Ce qui permet de créer du vote utile, c’est de sortir de l’isolement. Et si un vote est considéré comme utile, c’est d’abord parce qu’il correspond à un besoin.
  • Par ailleurs, il faut retenir – ce que le rapport se refuse là aussi à faire – qu’il y a des candidats de l’espace antilibéral supposés eux aussi « inutiles » qui ont été considérés par les électeurs comme plus « utiles » que nous. Le rapport parle du score d’Olivier Besancenot comme étant stable, alors que ce dernier progresse de 200 000 voix et que nous en perdons 250 000. Je ne doute pas que si Marie-George avait réalisé un score de 4,1 %, près de 1,5 million de voix et avait été en 5e position, le rapport y aurait vu la démonstration – sûrement « éclatante » – de l’utilité de sa candidature et la confirmation que les choix effectués avaient été les bons.     

·         Quant au vote pour François Bayrou, dans un autre genre et dans l’espace libéral, il a su agréger autour de lui et passer de 7% en début de campagne pour finir à 18,5 %. Il existe donc des stratégies politiques de vote utile hors de l’UMP et du PS. 
·         Mais le noyau dirigeant du PCF a préféré répéter sur toutes les musiques, dans toutes les langues, comme un disque rayé, que Marie-George Buffet était la meilleure candidate, qu’elle savait parler aux jeunes et aux classes populaires. Qu’il n’y avait pas d’autre choix possible. Ce refrain a été d’autant plus répété que cette candidature avait été décidée depuis le début quoiqu’il en coûte. De fait les communistes ont été floués du débat sur le choix à la présidentielle. Et cela coûte aujourd’hui au PCF. Sa secrétaire nationale, malgré ses qualités réelles et son engagement total, est maintenant et malheureusement très fragilisée.   

·         La vérité est que pour ceux des communistes qui se sont investis dans la campagne, avec un niveau de contenu souvent élevé – je pense à l’écologie, à la lutte contre toutes les discriminations, à la sécurisation des parcours professionnels, aux questions énergétiques, aux services publics – l’audibilité des propositions a été nulle. Il n’y a de l’audibilité et de la lisibilité à ces propositions qu’au sein du rassemblement antilibéral, qui va des socialistes du non jusqu’à l’extrême gauche. Je ne suis pas de ceux qui pensent que cela nous dilue, mais que c’est la condition d’une identification neuve.

·          C’est bien entendu un point de divergence avec des camarades pensant l’action politique autour du PCF ou avec des camarades pensant notre avenir avec le seul PS. Il nous faut choisir et sortir de l’ambiguïté sur cette question. Il vaut mieux la clarté assumée et honnête que des positions de direction à géométrie variable, sans cohérence, avec des textes qui disent tout et son contraire et finissent par laisser sur le flanc des militants. 

·         Enfin, avec de nombreux communistes, je souhaite dans l’immédiat et vivement qu’un tournant soit pris pour lever les obstacles internes et externes afin que ce qui a échoué aux présidentielles ne se reproduise pas aux législatives. 

    

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