Mars 2007- Contribution Isabelle lorand

L’échec du rassemblement de la gauche antilibérale participe du véritable cataclysme qui s’annonce avec un affaiblissement global de la gauche, une marginalisation de sa frange la plus radicale, l’éventualité de la prise de pouvoir d’une archi droite en rupture avec la tradition française du « pacte social ». Paradoxe incroyable, c’est un candidat de droite qui apparait aujourd’hui comme l’obstacle au bipartisme et à la marchandisation généralisée. Le choix suicidaire de la direction d’abandonner la stratégie de rassemblement de la gauche radicale, risque d’entrainer le PCF à sa propre perte. Au-delà de la déroute présidentielle, ce sont le groupe parlementaire, mais aussi l’implantation territoriale, qui sont aujourd’hui gravement en danger. Si Sarkozy, est actuellement le leader des sondages, l’hypothèse d’un Bayrou président est chaque jour plus crédible. Du côté du PS, une deuxième absence au second tour ne manquerait pas de produire une crise majeure entre les positions les plus droitières et les autres. Je n’exclue pas que la conjonction de l’hypothèse de l’absence du PS au second tour, et de la déroute électorale annoncée de PCF commence à faire germer dans certaines têtes la vraie mauvaise idée : une alliance de 1er tour pour les présidentielles comme pour les législatives ! L’existence d’un espace constitué à la gauche de la gauche sera plus que jamais indispensable. Il devra travailler au rassemblement de l’arc de force politique que nous appelions de nos vœux. Au delà, c’est à une ambition d’une toute autre portée qu’il nous faut visée : le rassemblement de l’arc culturel, des jeunes des banlieues aux antipub en passant par les salariés du public ou les retraités. Il s’agit là d’un bon qualitatif  (de ce point de vue, il y a surement à revisiter le concept d’antilibéralisme). Cette étape de la gauche radicale passera selon moi autant par le travail en commun (en élargissant l’en commun), que par du travail spécifique de chacune de ses composantes. Nous sommes parmi ces composantes ceux qu’il est désormais convenu d’appeler les « communistes unitaires ». L’objet de la réunion du 24 mars est de donner de la cohérence et de l’efficacité à cette composante. Est-ce à dire qu’il faille d’emblée nous structurer. Je ne le pense pas. Pour trois raisons. Nous avons à avancer dans la précision de ce que nous sommes. Nous avons à avancer dans la précision de ce qui est notre commun et nos différences avec l’objectif de dépasser ces dernières. Nous avons à avancer dans ce que pourrait être une structure politique moderne : pouvoir, décision, partage… Aussi je suggère, que le 24 mars, nous prenions l’initiative de la constitution d’une « pré-association » dont l’objet serait d’organiser le débat entre nous sur ces trois questions. Un calendrier pourrait fixer un bilan d’étape : université d’été, et un terme à cette démarche de co-construction qui marquerait l’acte fondateur à l’automne.
Qui sommes-nous ?
Un courant d’idée, une nébuleuse, dont il serait impossible d’établir une liste mais dont pourtant chacun sait s’il est concerné ou pas.
Ex, Futur-ex, In, Futur-in, Sympathisants… cette nébuleuse se caractérise par un rapport – à un moment ou à un autre – au communisme politique incarné par le PCF. Loin de moi, l’idée qu’il faille que cela devienne l’un de nos identifiants. Simplement, dans l’état, je constate que ceux qui participent à nos réunions ont ce profil. Peut-être qu’au-delà de ce rapport au PCF, c’est une conception plus globale de la transformation sociale assumant la tension entre protestation et responsabilité, visée et réalisme qui fait qu’à tord ou à raison nous nous sommes reconnus ou nous nous reconnaissons encore dans ce communisme politique.
Notre commun : un projet de transformation sociale, unitaire, prenant tous les champs de l’émancipation humaine, démocratique.
1.      Cette nébuleuse est caractérisée par une posture politique commune – le rassemblement de la gauche radicale.
2.      Mais peut-être à mes yeux de façon plus fondamentale par une rupture culturelle avec la tradition du communisme politique. Par les champs que, les uns et les autres, avons investis  – du féminisme à l’immigration, de l’eau aux sans-papiers, de la banlieue à la bioéthique, de la question urbaine à l’écologie, du SIDA à l’alter mondialisme – nous avons été promoteurs d’une conception moderne de la transformation sociale.
3.      La démocratie est un fondamental de notre commun. Marqués par la tragédie du 20ème siècle, nous sommes porteurs d’un projet indéfectiblement nourrit par la démocratie. Dans sa visée, dans ses actes, dans ses structures.
 
Notre commun n’est pas limité à la stratégie politique. Notre commun c’est la perception que les dominations ne sont pas réductibles à l’exploitation capitaliste. Notre commun c’est la recherche de pratiques politiques modernes.
Notre différence : l’actualité du communisme.
J’identifie trois positions parmi nous. Ces positions sont bien évidement perméables, mouvantes… leurs limites plus dialectiques…
1.      Certains – dont je suis – pensent qu’un communisme réinventé « par ses fins », comme idéologie et comme objet politique, est potentiellement opératoire et propulsif. J’aurai l’occasion de dire ailleurs, que je pense même, qu’il n’y a pas de mot plus précis pour exprimer la mise en commun, le partage des richesses, des savoirs, des pouvoirs…
2.      D’autres estiment qu’un projet de société global ne peut produire que dogmatisme. Et qu’au contraire, il faut sur la base de valeurs travailler les leviers de la transformation sociale. Le projet se construisant en marchant. La caractéristique principale d’un communiste unitaire, c’est sa participation aux collectifs antilibéraux unitaires.
3.      D’autres encore pensent que le communisme, au-delà d’un idéal théorique, est entaché – objectivement, subjectivement, symboliquement, et irréversiblement – par le 20
ème siècle. Qu’un projet de société global et novateur doit marquer sa rupture avec cette histoire même dans le nom : post-communisme…
Autant dire que poser comme préalable à la mise en cohérence de cet espace, l’adhésion au communisme, est contradictoire avec l’objectif de le rassembler.
Faire autrement, dés maintenant, même dans notre constitution.
Je fais le pari que notre commun est suffisamment sérieux pour que si nous en prenions le temps, la recherche du consensus nous permette de rester tous ensemble. Je souhaite que même la raison d’être de l’association fasse l’objet de co-construction et processus. Outre les questions liées au communisme, une seconde me semble devoir être pleinement partie prenante de ce processus : c’est celle du pouvoir. Au-delà des structures, les formes de prise de pouvoir sont multiples et parfois pernicieuses : la parole facile et la disponibilité pour être omniprésent en sont de moins criantes mais tout aussi préjudiciables au partage et à la démocratie. Une organisation ce sont des milliers de petites décisions qui au total pèsent très lourd, et qui sont de fait pris par ceux qui sont là : les provinciaux moins que les parisiens, les salariés moins que ceux qui ne le sont pas, les femmes moins que les hommes… De même si nous devons explorer toute les pistes de la démocratie directe, persiste la question de la représentation.  Celle des modalités de la prise de décision. Si le consensus est un objectif pertinent, demeure la question de la prise de décision quand le désaccord persiste… autant de questions et surement plein d’autres que nous aurions à définir ensemble.
La constitution le 24 mars d’une pré-association marquerait le début d’un processus allant jusqu’à l’automne 2007.
Pourquoi une pré-association ?
J’ai dis pourquoi je pense que la constitution de l’association me parait prématurée. J’ajoute, aux arguments précédents, que la conjoncture fait que certains font la campagne de Marie-George, d’autres celle de José… Constituer l’association dés maintenant c’est s’assurer de le faire sans eux. Et leur demander de nous rejoindre après. Alors que bien évidemment, leur engagement n’est pas étranger à leur positionnement plus général.
Dans le même temps, il y a des nécessités de prise de positions publiques, il y a besoin de porte-paroles, il y a besoin de mandater ceux d’entre nous qui participent à la coordination nationale des collectifs… Il y a besoin d’un acte symbolique fort annonçant que nous nous engageons dans un processus.
Cette pré-association dans son nom qui pourrait être une question générique de ce qui nous occupe, dans ses structures (coordination composée d’un membre par département, porte-paroles divers dans leur positionnement…), dans son calendrier, dans la diversité des animateurs des réunions… devra donner tous les signes symboliques de notre démarche de co-construction.
Le président pourrait être une « conscience ». Le trésorier devra être choisi parmi ceux les moins emblématiques d’une position.
Un bilan d’étape pourrait avoir lieu lors d’une université d’été, qui serait également l’occasion d’une rentrée politique.
Pour conclure je souhaite insister sur deux points. Le cataclysme électoral produira inéluctablement de la recomposition. Nous préparer à cette échéance, suppose de ne pas griller les étapes. Pour compter dans ce temps essentiel nous devrons être tous ensemble. Le second point qui apparaitra à certains comme subsidiaire, c’est le malaise profond qui traverse tout l’espace antilibéral, et en particulier les communistes unitaires. Trouver un lieu chaleureux, attentif, ou la suspicion ferait place à l’empathie, l’affrontement à la connivence, ne sera certainement pas un atout à négliger.

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