Des contributions à la réflexion

Roger Martelli « le communisme un bon parti »

Communiste malgré tout… Une critique du livre de
Soudais Michel, Politis du 08 mai 2003

 

Pour Roger Martelli, membre des refondateurs du PCF le communisme reste promis à un bel avenir. A condition de savoir dépasser le bolchevisme.
Le titre sonne comme une provocation. Volontaire. Car en proclamant que «le communisme est un bon parti», Roger Martefli n’ignore rien des objections qui pourraient lui être opposées. Mieux, le directeur du mensuel communiste Regards et animateur du courant refondateur, les fait siennes. Le PCF? «Exsangue», attemt de «nécrose », sa « liquéfaction [est] engagée», écrit-il. Quant au communisme, il est « désagrégé », «éclaté »… La terrible claque prise par son candidat à l’élection présidentielle de 2002 n’est que l’aboutissement d’un long déclin électoral, convient Roger Martefli sans détour. En historien, il remonte même loin, aux origines de ce reflux. Selon lui, il ne date ni de 1989 — l’effondrement du Mur de Berlin — ni de 1994 — lancement de la «mutation » — mais de… 1946, année où le PCF avait dépassé la barre des 28 % des suffrages exprimés, son record. Faute d’avoir « jamais su lui-même se renouveler », incapacité qu’il partage avec les pouvoirs communistes auxquels il s ‘identifiait, le PCF paie donc le prix de virages manqués qui ont accentué son inadaptation à une société française qui, rappelle l’auteur, a plus changé de 1945 à1975 que dans les cent cinquante ans qui précédent. Pour avoir « refusé la chance de rénovation que lui offrait le XXe congrès du PC soviétique » en 1956, estime-t-il, le PCF connaît en 1958 son premier traumatisme électoral. Et se fige alors dans « la théorie simpliste de la "paupérisation absolue”». Aux changements qui bouleversent la société, il n’oppose que des images du passé et finit par être « identifié avec des projets de conservation ». Aboutissement de cette glaciation sociologique et culturelle, 2002 marque aussi, pour l’auteur, la fin de plusieurs cycles celui du fordisme et de ses méthodes originales de régulation du capitalisme, celui de l’industrie mécanicienne et du mouvement ouvrier, celui de la démocratie représentative, celui enfin de l’union de la gauche dont le gouvemement de « gauche plurielle» aura été le dernier avatar. Ceux-ci ont rnis à bas les « trois piliers » sur lesquels le PCF avait bâti son succès la caractérisation sociale — avant tout ouvnére —,la projection utopique et le réalisme institutionnel. question de séparer pensée et praxis. Comme Clemenceau face à la Révolution française, Roger Martelli prend le communisme « en bloc», avec « ses ombres et ses lumières ». Mais pour « le continuel; ilfaut le changer, de la cave au grenier».

Animateur du courant refondateur au sein du PCF, Roger Martelli donne plusieurs exemples de tels changements. Face aux effets de la mondialisation capitaliste, la «révolution demeure un choix de bon sens » à condition de bannir toute «verticalité hiérarchique » à la mode léniniste ; ce serait conforter la « coupure entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas »quand « le but n’est pas de prendre le pouvoir; mais de le rendre à la société elle-même, c’est-à-dire aux citoyens ». A rebours de l’étatisme, il suggére cette devise: «Moins de marché, moins d’Etat et plus de public, plus de mise en commun. »À la notion de «parti guide», il veut substituer celle de « médiateur engagé», etc. En quelques pages et avec des arguments bien sentis, Roger Martelli plaide l’abandon du bolchevisme. « Le communisme du XXIe siècle sera post-bolchevique ou il ne sera pas. » Au sein du PCF, cette sentence est encore iconoclaste. Lors du dernier congrès, l’auteur, qui plaide l’absence de pause dans la mutation tout en critiquant la façon dont celle-ci a été conduite, n’a pas été suivi. Son communisme 7 « Une conception historique de la radicalité transfomatrice qui dialogue avec d’autres pour un but commun: faire en sorte qu’un autre monde, aujourd’hui possible, soit demain une pleine réalité. » Irréaliste? Quand la direction du PCF reste « incapable d’énoncer ce qu’elle veut au positif», Roger Martelli dessine une stratégie pour son parti. Et lui assigne trois objectifs: « La constitution d,une formation communiste nouvelle la convergence politique des forces d’alternative, la relance d’une gauche irriguée majoritairement par l’esprit de la transformation sociale.» Comme pour rappeler qu’il n’y a pas de bon parti sans ambition.

Le communisme est un bon parti Rager Martelli, La Dispute, 128 p., 10 euros.

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