Des contributions à la réflexion

« Mais comment peut-on être athée »?

Jeudi 23 septembre 2004, j’ai été invité à faire une conférence au Carrefour-débat au Centre 72,
sur le thème « Mais comment peut-on être athée? » . En voici le texte.
D’abord, je veux remercier les chrétiens qui m’ont invité au centre 72 pour cette rencontre-débat. C’est pour moi une expérience nouvelle, dont je vais certainement beaucoup apprendre. C’est un risque qu’ils ont pris car je n’ai pas spécialement de compétences sur le sujet. >Me demander de répondre à la question « Mais comment peut-on être athée ? » C’est une drôle d’idée !
Une sympathique invitation au dialogue sur un étonnant sujet… qui m’a poussé à répondre positivement, peut-être un peu vite, ne mesurant pas bien la difficulté de la tâche. Devant la feuille blanche, pour préparer notre rencontre je me suis rendu compte que je ne suis pas un philosophe et qu’en plus je ne m’étais jamais vraiment posé la question du comment et du pourquoi je suis athée, voir même la question de l’athéisme ! Des amis m’ont reproché le thème de la conférence : « comment être athée aujourd’hui ? » pour me suggérer le thème « mais comment peut-on ne pas être athée aujourd’hui ? ».

J’en resterais à la proposition de départ d’autant qu’ainsi posée elle semble moins en décalage avec ce XXIème siècle où la une de l’actualité est plus souvent portée par la religion, les religions, le fait religieux, voir les sectes ou le mysticisme. On s’étripe ici ou là par le monde au nom de dieu, le président d’un des plus grand pays appelle à la guerre des civilisations, à la lutte du bien contre le mal, on s’interroge ici pour inscrire une référence chrétienne dans la constitution européenne, la lutte des classe en banlieue semble remplacée par la lutte pour ou contre le fondamentalisme religieux …

 

Je vais donc essayer ce soir de répondre à ce défi : vous expliquer ce que je ne me suis jamais expliqué, en partant de perceptions, expériences et opinions personnelles pour les confronter avec les vôtres.

 

D’abord j’ai été obligé de me plonger dans le dictionnaire pour vérifier le sens du mot athéisme ?
Selon le Petit Larousse : Athéisme : attitude, doctrine d’une personne qui nie l’existence de Dieu, de la divinité.
J’ai pu lire par ailleurs que le mot « athée », d’origine grecque, veut dire littéralement : « sans dieu ».

 

Ces deux définitions « sans dieu » et/ou « qui nie l’existence de dieu » laisse la place à deux attitudes possibles pour l’athée :
• l’athéisme militant, actif, qui pousse à agir pour faire partager sa non croyance, à développer des arguments, non pas pour prouver que dieu n’existe pas –ce n’est pas possible-, mais pour faire pencher la balance du côté de la non croyance.
• L’athéisme passif qui en reste au constat, purement personnel « je ne crois pas que dieu existe », sans chercher à faire de prosélytisme. L’athéisme est, si j’ose dire, un cran au dessus de l’agnosticisme. L’agnostique partant de la constatation que l’on ne saura jamais en mesure de connaître la vérité répond prudemment « je ne sais pas répondre à cette question ». Dieu étant inconnaissable, il ne peut se prononcer sur son existence. On peut cependant, parait-il, être agnostique et croyant, ou agnostique incroyant. L’aveu d’ignorance « je n’en sais rien » est la façon la plus modeste de ne pas croire ou de ne pas prendre parti ! Certains parleront d’«un comportement de croyant honteux, d’athée hésitant ou de matérialiste superficiel » ?

 

Pour en finir avec les définitions, je ne résiste pas à la tentation de vous faire deux citations sur l’athéisme:
• L’une de Victor HUGO (/ Philosophie prose / Océan / Oeuvres complètes / Robert Laffont – Bouquins 1989)
« Nos fautes sont des dettes contractées ici et payables ailleurs. L’athéisme n’est autre chose qu’un essai de déclaration d’insolvabilité. »
• L’autre d’André Comte-Sponville (Présentation de la philosophie) : « L’athéisme est une forme d’humilité. C’est se prendre pour un animal, comme nous sommes en effet, et nous laisser la charge de devenir humains. »

Poser la question de l’athéisme pose la question de dieu. « Dieu existe-t-il ? ».
Je me garderai bien, ce soir, de faire une thèse sur cette question. Au delà de la difficulté de la définition de «dieu », chaque croyant, chaque religion en a sa définition, sa conception. Chacun conviendra que s’il y avait des preuves de l’existence de Dieu, l’objet de notre rencontre ce soir serait simplifié. Pour compliquer le tout, il n’y a pas non plus de preuve de la non existence de Dieu ! Symptomatiquement, on ne peut donc qu’invoquer le verbe « croire » pour répondre à cette question : on croit que dieu existe ou l’on ne croit pas que dieu existe.

Comment peut-on ne pas croire ou ne plus croire en dieu ?
Personnellement, cela me semble naturel. J’ai lu sur un site web de propagande athéiste : « l’athéisme est une attitude universelle dans la mesure où l’Homme est toujours athée de naissance. » Cette formule est lapidaire sur l’universalité de l’athéisme, mais en montre son côté naturel. On ne nie pas dieu à la naissance mais on naît sans dieu !
Le fait de croire en dieu est souvent le fruit d’influences familiales, culturelles, sociales, il est la réponse à des questionnements sur le monde, au pourquoi la vie?

Ceci dit, aussi naturel qu’est l’athéisme, s’il ne répond pas au « pourquoi la vie », il est aussi, après la naissance, le fruit d’influences familiales, culturelles, sociales.

Alors concrètement, mon cas !
Permettez moi de planter le décor. Je suis né dans une famille catholique pratiquante, plutôt de droite d’ailleurs. Je n’ai donc pas eu le choix : j’ai été baptisé à la naissance.

Comme il se doit, j’ai été au catéchisme, je jouais de la guitare à la messe, j’ai fait mes deux communions et pas que pour les cadeaux ! Je croyais sincèrement en dieu non seulement parce qu’il faisait partie de mon univers depuis que j’étais tout petit, mais aussi parce qu’il m’apportait une réponse « au pourquoi ce monde », une voie sur «comment vivre», «Quel but ? Quel sens ?», une communauté à laquelle m’identifier et dans laquelle me construire, un lieu de solidarité avec «la communauté des croyants ».

J’ai arrêté de « croire » vers l’âge de 18-20 ans. Je suis flou sur la date car je n’ai pas en mémoire le moment de ce changement. On ne se réveille pas un matin en se disant : je ne crois pas que dieu existe ! C’est le fruit d’un processus.

Dans mon cas, c’est d’abord une rupture affective avec l’Eglise. Ma grand-mère est décédée d’une grave maladie au moment ou je devais faire ma confirmation, à l’âge de 16 ans. Une réflexion d’un prêtre mal ajustée à ce sujet, ajoutée au sentiment d’injustice devant la mort, m’a fait renoncer à la confirmation, m’interroger sur la bonté de dieu, son sens. Mais il y avait toujours dieu dans mon univers. Je qualifierai mon questionnement comme une crise d’adolescence : une contestation du père. C’est peut-être la période où je me suis le plus interrogé sur dieu : pour ensuite passer à un athéisme « vengeur », chercher à me démontrer son inexistence : comment un dieu qui est absolu pourrait-il avoir des besoins ? Besoin de créer l’homme ? Contestation philosophique allait de paire avec une curiosité sur les religions : lecture du coran, débats animés avec des amis prêtres ouvriers, etc… C’est aussi dans cette période que j’adhère au PCF. Une forme d’investissement social, un lieu pour combattre les injustices, certainement aussi pour donner un sens à la vie. Je ne suis vraiment devenu ou redevenu (comme à ma naissance !!!!) athée qu’au bout d’un processus de rupture d’abord de pratiques religieuses, puis de contestation du cadre Eglise, dogme, puis de l’existence même de dieu.


Lorsque j’étais croyant je ne pouvais pas imaginer le monde sans dieu, je n’imaginais pas qu’on ne puisse ne « pas croire ». Quand quelqu’un me disait ne pas croire en dieu, je cherchais à le pousser dans ses retranchements : tu crois forcément en quelque chose de non naturel, de mystique, etc… J’imaginais pour lui ses croyances. Bref, la non croyance me semblait impossible.

Quel état d’esprit 20 ans après ?
D’abord j’en ai fini depuis longtemps avec ma crise d’adolescence avec dieu, avec la religion. Je n’ai plus de compte à régler, nous n’avons plus de compte commun !

J’ai du respect envers celles et ceux qui croient, comme envers ceux qui ne croient pas. J’ai le sentiment d’être redevable d’une éducation qui a fait ce que je suis aujourd’hui : sensible contre les injustices, volontaire pour agir, solidaire, capacité à s’intéresser aux autres. Je suis persuadé que mon « éducation chrétienne» y est pour quelque chose.

Par ailleurs les croyants sont toujours dans mon univers, car j’en retrouve dans des actions dans ma ville, actions de solidarité, débats et initiatives comme aujourd’hui. Par contre la notion de dieu, elle, n’y est plus.

Je ne sais pas si c’est imaginable pour des croyants, mais je ne me pose pas la question de dieu, je ne me pose pas la question de son existence, je ne pense plus à dieu.

Je vis un athéisme qui n’est pas la négation, l’image inversée de la religion. Ce n’est pas un athéisme qui en étant la négation de la religion est en discussion avec elle pour lui prouver qu’elle se trompe, pour la nier. Je ne suis pas un athée militant.

Pour ma part à la question « mais comment peut-on être athée ? » je réponds donc « en y pensant pas, en ne pensant pas à dieu » !

En fait, en préparant cet exposé, je me suis aperçu, que je n’étais pas athée mais matérialiste ! La notion de dieu ne dit pas un réel qui puisse être expérimenté objectivement, analysé concrètement, démontré logiquement. Elle ne m’intéresse que comme un système de représentation du monde et de la société, qu’ont des personnes qui m’entourent.

En espérant ne pas vous avoir trop déçu dans ma mission visant à introduire notre échange et permis d’ouvrir un débat, je conclurai, sans provocation envers les protestants qui nous accueillent ce soir, en citant le Vatican :
« CITE DU VATICAN, Jeudi 11 mars 2004 (ZENIT.org) – « L’athéisme ne progresse plus dans le monde », confirment les statistiques et l’enquête sur la non croyance et l’indifférence religieuse, menée par le conseil pontifical de la Culture, en préparation à l’assemblée plénière du 11 au 13 mars, mais bien « l’indifférence religieuse ». L’agence Fides propose une synthèse de cette étude.(…)
De l’athéisme militant et organisé en d’autres temps, on est passé à une situation d’indifférence pratique, de perte d’importance sur la question de Dieu, et d’abandon de la pratique religieuse, dans le monde occidental surtout. Ce « nouveau visage de la non croyance » place l’Eglise devant le défi pastoral suivant : comment annoncer l’Evangile au nouveaux non-croyants, (…). ».

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