A propos du PCF

Mai 2002- Comment en sommes nous arrivés là

Contribution Patrice Leclerc, Hauts-de-Seine
(texte qui a servi à l’introduction d’un Forum à Bagneux)
“ COMMENT EN EST-ON ARRIVE LA ? ”
Le forum de ce soir a pour but de tenter de répondre à la question : “ Que s’est-il passé le 21 avril ? Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? ” Je voudrais m’en tenir à quelques pistes de réflexion pour introduire cet échange.
Ma première réflexion porte sur les causes de l’échec électoral de la gauche
Souvent au PCF, mais s’est aussi ce qui se dit parmi celles et ceux qui se reconnaissent dans les forces radicales, nous expliquons: "en avril et juin dernier, la preuve a été faite qu’une gauche qui n’a pas le courage d’être pleinement de gauche et de s’attaquer aux marchés financiers, d’agir pour une autre Europe, contre la construction européenne telle qu’elle se fait aujourd’hui, est une gauche qui perd. Elle perd parce qu’elle déçoit en premier lieu celles et ceux qui n’en peuvent plus de la vie qu’ils mènent.

Les causes de l’échec résident principalement dans la dérive sociale libérale du Parti socialiste qui ne préconise que la soumission réformiste aux exigences du capitalisme mondialisé. C’est le renoncement à toute perspective réelle de changement. "

C’est sûrement vrai, mais assez déresponsabilisant. Je dirais plus prudemment que la démonstration a été faite que ne pas chercher la rupture avec le capitalisme, essayer de gouverner au centre pour rassembler plus largement et durer, n’empêche pas la gauche de perdre!
Il me semble, en effet, qu’il ne faut pas perdre de vue que l’expression électorale qui s’est dégagée des urnes en 1997 ne donnait pas un poids important à celles et ceux qui voulaient dépasser le capitalisme. En gros, Jospin a tenu ses engagements électoraux. C’est peut-être ça le problème!

Si le PS est responsable de sa politique, les politiques responsables de la crise de confiance, j’invite aussi à responsabiliser les citoyens dans leur vote qui porte la responsabilité de leur choix ou leur non choix ! Les résultats du 21 avril, c’est eux aussi qui l’ont fait avec les conséquences aujourd’hui, c’est eux aussi qui ont donné plus de poids à gauche aux réformistes, plutôt qu’aux révolutionnaires !

En fait, notre société a un formidable besoin de politique, de renouer avec des chocs d’options, des débats et réflexions sur des enjeux de civilisations.

Dire cela n’excuse pas le Parti communiste de ses propres responsabilités. Nous ne sommes pas là que pour compter des points, en donner. Nous avons la prétention d’être aussi des acteurs. On peut légitimement penser que nous avons mal joué. Mais où, comment et pourquoi?

Ma seconde réflexion concerne donc le débat sur l’attitude du Parti communiste dans la période passée.
J’entends parfois des camarades qui disent “ le passé cela suffit, il faut aller de l’avant ! ”. Je pense que ce retour sur le passé ne vise pas à ressasser des problèmes anciens ou à dire que l’on a tout fait mal, mais à comprendre pourquoi, malgré tout le travail que nous avons fait pour renouveler notre conception du changement de société, du communisme, du rôle du Parti, cela n’a pas marché.
Nous ne serons pas crédibles sur l’avenir si nous n’avons pas une vraie analyse des raisons de notre échec.
Bien sûr, la baisse d’influence du Parti communiste français s’inscrit dans le contexte général de la crise du communisme et de la contre offensive des forces capitalistes. Partout dans le monde, nombre de partis de la transformation sociale, et singulièrement les partis qui se réclament du communisme, se heurtent à de grandes difficultés.
Mais là encore, nous avons la prétention d’être acteurs. Si les forces conservatrices, ou social démocrates sont plus fortes, c’est que nous n’avons pas bien « mené notre barque ».
La baisse de l’influence communiste dans notre pays n’est-elle pas en lien avec les choix stratégiques que nous avons faits ou à la façon dont nous les avons mis en œuvre ?
Il y a donc des raisons de fond, lourdes qui expliquent notre déclin, plus fortes que la conjoncture. Il faut les étudier. Il y a notre incapacité à inventer un communisme du 21ème siècle, alors que les premières ruptures dans les représentations mentales populaires du communisme rendent cela nécessaire dès 1956.
Tout cela a été aggravé par l’occasion manquée de la mutation du PCF, le manque de courage et de détermination pour la mener, qui nous a emportés dans une « politique pragmatique » coupée de contenus transformateurs, d’exigences de contenu, de sens sur le projet communiste.
Au final, nous avons mis en avant une succession d’abandons de concepts et de façons d’être plutôt que l’affirmation d’une identité communiste forte, d’une visée communiste d’aujourd’hui .
La perte de repères sur l’objectif des communistes, la déroute des pensées alternatives au capitalisme, n’aide pas à une mobilisation des acteurs sociaux pour penser la société autrement en même temps que l’on agit pour empêcher les régressions.
Troisième réflexion : sur le choix de notre participation au gouvernement.
C’est un débat qu’il faut mener. Je pense que nous avons eu raison de prendre la décision en 1997 de participer au gouvernement. C‘est une expérience riche qu’il nous faut analyser objectivement.
Il nous faut examiner la façon dont nous avons géré cette participation gouvernementale, nos pratiques politiques, mais aussi la faiblesse de notre intervention politique autonome… Cette analyse est essentielle si nous voulons rester un parti qui engage sa responsabilité dans des gestions municipales, régionales, nationales.
Mais là encore, ne faut-il pas aller plus loin ?
N’a t-on pas à réfléchir sur nos positionnements depuis de nombreuses années ? Positionnements qui ont amené à ne penser notre utilité, pour l’essentiel, que dans notre capacité à peser sur le PS afin d’empêcher sa dérive libérale. Autrement dit, ne sommes nous pas apparus comme un simple aiguillon du Parti socialiste ? Durant toute une période, nous argumentions sur cette question, y compris lors de la présidentielle, mais les gens constataient que nous ne parvenions pas à peser suffisamment pour empêcher la dérive libérale du PS. Il en a résulté que l’utilité de notre démarche, de notre visée communiste, de nos choix alternatifs n’ont pas été perçus par ces hommes et ces femmes.
Ne sommes-nous pas restés prisonniers de conceptions considérant que le politique était plus important que le social, que le mouvement social était non producteur de politique ? Partant de là, n’avons-nous pas considéré que l’Etat était, à nos yeux, le lieu où l’essentiel se générait, et qu’en conséquence, le mouvement social n’était pas notre interlocuteur principal, mais les partis institutionnels, particulièrement le PS ? Est-ce que dans notre esprit, le cadre institutionnel n’est pas premier par rapport au mouvement populaire ? N’est ce pas cela qui nous a conduit à osciller entre rupture ou perte d’indépendance vis-à-vis du PS ?
Je ne pense pas du tout qu’il faudrait renoncer à battre la droite par des rassemblements politiques majoritaires, impliquant nécessairement toute la gauche. Je suis au contraire persuadé que nous n’avons pas d’issue positive en dehors d’un travail sur notre capacité à participer à un gouvernement social démocrate tout en menant une bataille idéologique pour faire grandir des idées révolutionnaires et faire bouger des rapports de force à gauche. Nous ne sommes pas condamnés qu’à la rue ! Mais il y a besoin de renouveler profondément notre conception de ces rassemblements politiques et de l’union. En tout état de cause, je pense que le Parti communiste doit redevenir pleinement autonome dans son projet, dans ses positionnements et ses actions.
Nous n’avons pas fait ce que nous avions dit que nous allions faire : mettre tout entre les mains de notre peuple. Par exemple, on nous dit parfois « vous êtes coupables de la dérive social-libérale car vous n’avez pas voté contre le budget de la protection sociale. vous vous êtes abstenus ! » Hormis le fait que s’abstenir ce n’est pas tout à fait pareil que voter pour, je pense que nous sommes surtout coupables de ne pas avoir débattu avec les syndicalistes, les populations, sur l’enjeu politique d’un vote contre sur ce budget, qui ne portait plus sur le budget lui-même mais notre participation au gouvernement. N’avons-nous pas, parce que nous sommes faibles sur notre visée, mené peu de batailles d’idées, de bataille idéologique ? Mettre la question à plat pour en décider en toute connaissance de cause !
Notre participation au gouvernement ne nous en empêchait pas. Au contraire, nous aurions eu besoin de travailler à la création de majorité d’idées pour avancer, ce sont d’autres qui l’ont fait : forces libérales ou poujadistes. Bref, je pense que nous n’avons pas été assez audacieux, nous avons trop réfléchi et agi dans le cadre des modèles de la politique, des partis ouvriers, de leur rapport au pouvoir, forgés à la fin du XIXème siècle alors que nous sommes au XXIème siècle et que notre peuple a de la mémoire sur les expériences faites qui n’ont pas vraiment changé la vie.
Voilà quelques avis personnels, pour engager notre débat.

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