Gennevilliers

Journée nationale de la déportation, intervention du 27 avril 2014

(photo : cérémonie du 25 avril 2014, Résidence Camille Cartier)

Dimanche 27 avril 2014 – Allocution de Patrice Leclerc

Cher-e-s ami-e-s, anciens déportés, Résistants, Patriotes et anciens combattants,

Mesdames et Messieurs,

« Si l’écho de leurs voix faiblit nous périrons » écrivait Paul Eluard.

Transmettre, rendre hommage et se souvenir pour ne pas laisser l’Histoire se répéter.

 

Il y a un peu plus de 70 ans, au fur et à mesure de leur avancée au cœur de l’Europe, les Alliés découvraient l’horreur des camps nazis. Le monde saisissait soudainement la sombre réalité de l’implacable mécanique de déportation, l’ignoble et effroyable barbarie d’un système d’Etat dont l’idéologie reposait sur l’oppression, la répression, les exactions et l’extermination subies par des millions de victimes envoyées à la mort.

C’est le devoir de mémoire qui nous rassemble pour ne pas oublier la souffrance des hommes, des femmes, des enfants, de tous ces destins brisés par la folie criminelle des nazis et de leurs complices. Ces mêmes nazis qui voulaient éliminer arbitrairement tous les Juifs, Tziganes, faibles, fragiles, handicapés, homosexuels. Tous ceux, dont l’existence même, faisait affront à leur conception élitiste de l’homme et de la société mais également tous leurs opposants : communistes, syndicalistes, humanistes… ont été traqués, torturés, déportés, internées, gazés, tués.

En cet instant, nous sommes là pour nous souvenir de ceux qui ne sont pas revenus  ou qui ont survécu à l’enfer des camps, résisté  à la souffrance, au froid, à la faim, la séparation, la déchirure, la peur et de la mort. Et qui sont restés à tout jamais meurtris, blessés, marqués au véritable sens du mot, comme des bêtes au fer rouge, d’un numéro d’immatriculation sur l’avant-bras des déportés d’Auswitch.

10 millions de personnes exécutées. Depuis la France, plus de 75.000 Juifs, femmes et hommes, vieillards, enfants ont été conduits dans les camps de la mort mais aussi des dizaines de milliers d’hommes et de femmes, souvent jeunes, résistants et politiques.

Parmi eux, de nombreux gennevilloises et gennevillois :

Jean Grandel, maire de Gennevilliers, volontaire aux brigades internationales sur le front de la guerre d’Espagne en 1937, conseiller général communiste de Gennevilliers ;

Jean Pierre Timbaud, responsable du syndicat des Métallurgistes parisiens, directeur de la première colonie de vacances des enfants de Gennevilliers à Granville;

Georges Thoretton, jeune syndicaliste de Carbonne Loraine, mort à 27 ans pour avoir refusé de travailler pour la machine de guerre nazi ;

Tous les trois ont été fusillés à Châteaubriant, le 22 octobre 1941 avec le jeune Guy Moquet.

Souvenons-nous également de Camille Cartier, qui rejoignit la Résistance dès 1940, fut arrêtée en février 1941 puis déportée en 1944 à Ravensbrück où elle a été assassinée, gazée le 28 février 1945 à quelques semaines de la signature de l’armistice.

Se souvenir, faire devoir de mémoire pour tirer les enseignements susceptibles d’éclairer l’avenir.

En Allemagne, mais aussi sur notre territoire, les fascistes voulurent exterminer les Juifs, tous les Juifs. La Shoah aura marquée l’histoire de l’humanité par son inhumanité absolue et effroyable. Dans cette entreprise folle et criminelle, les nazis ont mis tous les moyens de la technique et de l’industrie au service de la terreur et de l’anéantissement.

Aujourd’hui, instruits par l’histoire, nous savons qu’aucune dérive, aucune faiblesse n’est acceptable. Nous savons que rien n’est banal ni anodin. Nous savons comment l’horreur fait ses premiers pas. Souvenons-nous que les partis fascistes et nazis européens ont été élus, portés au pouvoir par les peuples sur fond de crises économiques. Nous savons où conduit la faiblesse des nations.

La Shoah interpelle chacun de nous au-delà de toute mesure. Elle est, pour nous tous, une exigence de réflexion et d’action. Elle nous fait le devoir de lutter sans merci contre toutes les formes de racisme, contre toutes les formes de révisionnisme, contre tous ceux qui proclament l’inégalité entre les hommes.

De nombreux exemples dans notre vie politique et sociale contemporaine illustre qu’il nous faut être vigilant pour ne point laisser la bête immonde s’installer de nouveau : la banalisation des discours racistes et du Front national _ 34 % des français se disent plutôt d’accord avec les idées défendus par le Front national_ , l’acceptation des discriminations et des inégalités grandissantes que génèrent le système capitaliste – les 67 personnes les plus riches de la planète détiennent autant que les 3,5 millions de personnes les plus pauvres_, le débat sectaire et méprisant autour du mariage pour tous _certain n’ayant pas hésité à qualifier les homosexuels d’aliéner comme le pensait les nazis_.

Nous devons tous avoir conscience de cela pour empêcher que la gangrène s’installe.

Aussi ne faut-il pas considérer comme anodin l’élection, lors des dernières élections municipales, du Front national à la tête de plusieurs villes françaises.

N’oublions pas, ce à quoi l’arrivée des nazis au pouvoir, en 1933, a conduit.

Rendons hommage à tous ceux rescapées ou non qui, malgré leur souffrance, ont su faire preuve de fraternité, de solidarité et de dignité pour combattre le fascisme. Disons leur toute notre reconnaissance et notre immense gratitude.

Poursuivons leur combat pour promouvoir une véritable culture de paix, refuser la violence sous quelque forme que ce soit, exiger aussi que les citoyens ne soient plus écartés des décisions qui les concernent pour que chacun d’entre nous puisse contribuer à construire un monde meilleur fondé sur le désarmement, les coopérations pacifiques entre Etats, la justice sociale, la fraternité et la dignité humaine.

Poursuivre leur combat, c’est aussi poursuivre, dans les conditions d’aujourd’hui, à lutter pour le progrès social, pour défendre l’esprit du conseil national de la résistance qui a modelé ce que l’on appelle notre « modèle social français ». C’est un engagement que nous renouvelons aujourd’hui.

Je vous remercie.

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