92.jpg30//03/07 RAPPORT N°07-160  - Prolongation de la mission de l’EPAD - Intervention de Michel Laubier
 
Monsieur le Président, Cher(e)s Collègues,
 
Vous nous proposez, une nouvelle fois, notre avis sur la prolongation de la mission de l’EPAD, en sa qualité d’aménageur du site de la Défense.
Comme vous le savez, l’EPAD a été créé en 1958 pour une durée de 30 ans, et pour programmer à l’origine 850 000 m_ de bureaux.

A plusieurs reprises, sa prolongation a été décidée, nous devons être à la troisième ou quatrième prolongation (je crois que c’est la troisième), et à chaque fois cela a été fait pour augmenter les capacités de construction des tours de bureaux. Nous en sommes maintenant à 3 millions de mètres carrés, soit trois fois et demie ce qui était prévu au début.
Cela s’est fait sans le moindre débat au plan départemental, pas plus qu’à l’échelon régional.
Et une fois encore, la décision de densifier la Défense a été prise par un Ministre, et sans concertation… !! Ceci est d’autant moins acceptable que la décision est intervenue alors que nous étions en plein débat sur le futur Schéma Directeur Régional d’Ile de France.
A l’heure où le renouveau de la démocratie est une idée portée par pratiquement tous les groupes politiques, avouez que cela fait un peu désordre… !!
La Défense est au cœur du département et de la métropole parisienne, elle a un poids économique considérable.
Mais son développement pose des questions de logement, de transport, d’environnement.
Sa place et son avenir ne peuvent pas se décider dans le bureau d’un Ministre. Cela nécessite un vrai débat, au niveau départemental et régional, sur son impact dans l’environnement urbain et social.
Le développement économique de la Région Parisienne ne se réglera pas uniquement en augmentant le nombre de mètres carrés de bureaux à la Défense. Il nous faut une vraie réflexion à long terme sur les besoins économiques et sociaux, sur le type d’emplois à créer, pas seulement à la Défense, mais dans tous les pôles économiques de la région.
Je voudrais également évoquer la question de la gestion des espaces et équipements publics de la Défense.
Depuis plusieurs années, l’EPAD est un aménageur prenant en charge les coûts d’entretien et de maintenance sur une partie de son territoire. Ce n’était pas son rôle, et tout cela lui a coûté très cher. Je tiens à préciser que la partie nanterrienne n’a jamais bénéficié de telles largesses.
Une structure a été créée pour prendre en charge l’entretien de la Défense. Les communes de Puteaux et de Courbevoie participent logiquement, financièrement, à cette structure. Le département participe à la même hauteur que les 2 communes, ce que nous avons contesté ici même, dans cette salle.
Nous souhaitons que Nanterre bénéficie des mêmes aides du département, non pas pour l’entretien quotidien, mais pour la remise à niveau des espaces publics du quartier du Parc, et particulièrement autour des tours Aillaud. La remise en état de ces espaces représente 8 millions d’euros, car il faut tout reprendre : assainissement, éclairage public, espaces verts, …
e serait là une simple mesure d’équité.
Cette fois-ci, le projet consiste à prolonger la durée de vie de l’Etablissement Public jusqu’en 2015, un délai qui tient compte sans doute du temps estimé nécessaire pour conduire jusqu’à son terme le projet de relance du site de la Défense.
Le groupe communiste s’abstiendra sur ce dossier, nous ne confondons pas en effet l’outil utilisé pour la mise en œuvre, et la politique qu’il est amené à conduire pour le compte des artisans du projet.
Pour autant, j’aurais quelques mots à dire à ce sujet. D’abord pour affirmer une nouvelle fois notre indignation quant à la façon dont été conduites toutes les actions autour de l’avenir de la Défense durant ces derniers mois :
∑ D’abord l’annonce dans la plus grande précipitation du plan de relance, en plein été, sans concertation, avec l’objectif de « réussir » un coup médiatique.
∑ Ensuite, avec la création qui a fait débat de ce nouvel établissement public, chargé d’assurer la gestion de la Défense. Ceci avec un empressement tel que ce dossier est véritablement apparu comme une priorité absolue au président d’alors de l’EPAD, avant qu’il n’en quitte les commandes.
Sans revenir sur les décisions prises en la matière, ni sur les aides exorbitantes sur lesquelles s’est engagé le conseil général, revenons plutôt sur le fond du dossier. Au-delà des petites préoccupations politiciennes, je voudrais plutôt évoquer le cadre de vie des habitants de notre département et le développement général de l’Ile-de-France.
Car, tout de même, cette décision de relancer le site de la Défense ressemble à s’y méprendre à de la pure provocation.
Tout s’est passé pendant que les instances politiques régionales réfléchissaient avec les services de l’Etat à l’avenir de la métropole parisienne à travers son projet de SDRIF.
Alors, les promoteurs du projet de la Défense, avec l’appui du conseil général et de l’Etat, ont décidé de lancer une course de vitesse avec le projet de SDRIF qui se dessinait. Un projet porteur de valeurs vraiment intéressantes, telles que la mise en œuvre d’une politique exigeante en matière de développement durable, le rééquilibrage à trouver entre les différentes zones économiques et de peuplement de la région, et en s’obligeant, en matière économique, à conduire une politique volontariste ne laissant que peu de place au laisser-faire dont se repaît notre économie libérale.
Ce sont là deux projets, certes économiques, mais surtout politiques qui se confrontent.
Alors, certes, j’ai bien entendu les propos du président Gautier quand il déclarait récemment que la Défense avait perdu 20 000 emplois sur la dernière période. C’est bien sûr un chiffre important, qu’il ne faut pas mésestimer, toutefois il convient de s’interroger sur les possibles vraies raisons d’une désaffection du quartier d’affaires.
Et ce que je regrette, c’est que ce débat, nous ne l’ayons jamais vraiment eu dans cette enceinte.
Il y a certains arguments que nous ne pouvons pas nous contenter d’entendre : je pense notamment à la mise en avant systématique de la concurrence internationale portée par les autres capitales européennes, c’est encore et toujours une façon de placer la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée » comme l’Alpha et l’Omega d’une bonne politique économique.
Ce n’est pas en reconstruisant des tours sur des tours que l’on redonnera aux investisseurs l’envie de venir à la Défense. D’autres critères sont indispensables, qu’il ne faut jamais oublier.
Les dirigeants des grandes entreprises n’ont pas spécialement envie de s’installer dans un endroit où ils savent que leurs salariés ne pourront pas habiter à moins de trente minutes, soixante minutes ou plus parfois, où ils savent que leurs employés vont arriver le matin déjà fatigués par d’interminables trajets dans des métros ou des RER surchargés.
Cela pose immédiatement la question du logement, on y revient toujours. Car il ne peut y avoir de développement soutenable de la région lorsque la plupart des communes environnantes, à l’exception de Nanterre et de quelques autres, ne veulent pas adopter une politique de logement ambitieuse, avec une proportion significative d’habitat social qui permette à tous les habitants  une accessibilité réelle aux logements.
De même, pour revenir à la question économique, il y aura des créations d’emplois, sans doute, mais pour qui ? Tout autour de la Défense vivent de  nombreuses personnes privées d’emplois stables, or ces emplois créés seront-ils pour eux ?
Vous l’admettrez, il y a matière à en douter, par voie de conséquence, à douter de la pertinence dans le temps de cet aménagement décidé dans la précipitation et sans concertation.
Ce sont ces sujets sérieux, qui auraient mérité débat dans lequel chacun aurait pu exprimer sa vision de l’aménagement des Hauts-de-Seine et de la métropole.
Je vous remercie.



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