Paru dans la Tribune. Les objectifs de développement économiques ambitieux de la métropole du Grand Paris posent aussi la question de l'intégration des populations modestes résidentes. Le risque existe de créer une métropole à deux vitesses

La métropole du Grand Paris sera-t-elle capable de résorber au moins en partie les fortes inégalités sociales franciliennes ? La question est essentielle. D'autant que la lutte contre les inégalités est une condition sine qua non pour que l'ensemble des parties prenantes à la construction de la métropole (ménages, entreprises, politiques) tirent dans le même sens. Le député Daniel Goldberg définissait ainsi l'un des rôles fondamentaux du Grand Paris : « Privilégier l'intérêt général sur le repli sur soi par le haut de l'échelle sociale, afin de résorber les inégalités territoriales. »

Un idéal à l'évidence difficile à mettre en œuvre, car en réalité le risque que le développement des pôles économiques territoriaux au sein de la métropole se fasse au profit des plus riches, sans que les plus modestes ne puissent en bénéficier, est réel. « La logique multipolaire, qui vise à renforcer l'autonomie des territoires vis-à-vis de Paris, risque de produire une juxtaposition de zones d' « entre-soi » », s'inquiétait déjà en 2013 l'Atelier international du Grand Paris.

La contractualisation entre l'Etat et les collectivités
Jusqu'ici, ces pôles économiques ont été matérialisés par 22 contrats de développement territoriaux (CDT) passés entre l'Etat et les communes, et qui visent dans l'esprit de la loi à propager une dynamique aux territoires à fort potentiel économique du Grand Paris. « Ces projets couvrent 8 % du territoire régional, 157 communes (12 % des communes franciliennes), 4,4 millions d'habitants (38 % de la population francilienne) et 2,1 millions d'emplois (39 % des emplois franciliens) », peut-on lire sur le site de l'institut d'aménagement et d'urbanisme d'Île-de-France.

Ces CDT, qui s'articulent autour de la plupart 72 gares du Grand Paris, sont aujourd'hui les éléments les plus concrets qui structurent la métropole, à un moment où le sujet majeur de sa gouvernance reste encore très flou. Mais malheureusement, au sens de certains élus, ces contrats se concentrent trop sur le développement économique des territoires et occultent les dimensions « relatives à la qualité de vie, à la réversibilité des territoires, et à l'intégration du local », regrette Daniel Bruiller le maire d'Arcueil (94).

Construire la métropole par le bas et par le haut
« Il ne serait pas concevable de créer des espaces où des entreprises internationales s'installent, avec juste à côté des zones de misères qui ne bénéficient pas de leur implantation », avertit -il. « La métropole doit se construire autant par en bas que par en haut », ajoute-t-il.

Si l'on prend l'exemple concret de Saclay, sorte de Silicon Valley à la française, le marie d'Arcueil milite pour que le développement de ce pôle d'excellence bénéficie aussi à l'emploi des populations locales. Du reste, pour Daniel Bruiller les décisions politiques ne vont pour l'instant pas assez dans ce sens : « je suis très inquiet de voir la spécialisation économique des territoires de la métropole entraîner la création d'espaces d'entre-soi », s'inquiète-t-il.

Inégalités dans le nord de Paris
Dans le nord-ouest de Paris, on se déchire aussi sur des questions d'inégalités. Le découpage récemment acté de la première couronne en 12 territoires, qui vont prendre la place des intercommunalités actuelles, en déçoit certains. Le maire de Gennevilliers (92) Patrice Leclerc s'est notamment indigné du fait que le découpage voulu « soit celui des villes très riches avec une majorité d'habitants très riches également, qui ne se mélangent pas avec le reste de la société, à l'image de Neuilly-sur-Seine dont le maire a toujours refusé le territoire de solidarité avec les villes de Colombes, Gennevilliers, Argenteuil, etc... ».

Il fait ici référence aux territoires de la Boucle Nord 92 et de la Défense. Une incohérence à son sens car « la Défense essaime déjà bien au-delà de son périmètre avec des entreprises qui pour tout ou partie de leur activité s'installent à Gennevilliers, Bois Colombes et Asnières. Des milliers de salariés vont chercher à s'installer le long de la future ligne 15 du métro ». « L'aménagement cohérent autour de cette ligne sera plus difficile avec 2 territoires distincts », regrette-t-il.

Bref, ces polémiques révèlent un problème fondamental : celui de voir émerger une métropole à deux vitesses. Et au regard de la structure sociale très hétérogène de la métropole, le défi à relever est immense pour les politiques et les acteurs économiques.

http://www.latribune.fr/regions/ile-de-france/le-grand-paris-saura-t-il-s-affranchir-de-l-entre-soi-des-plus-riches-498791.html


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