Gennevilliers Discours du maire de Gennevilliers en l'honneur de Ginette Fiquet et de son combat féministe

Ginette FIQUET Remise Insigne de chevalier dans l’ordre national du Mérite
intervention de Patrice Leclerc, Maire de Gennevilliers

 

Chère Françoise,

Chère Ginette,

Cher.e.s ami.e.s, 

En apprenant que tu as été décorée au grade de chevalier dans l’ordre national du Mérite, je me suis dit que cela était mérité. Bien plus mérité qu’à quelqu’un qui en s’entrainant tous les jours arrive parfois à cadrer un but.

Je sais, ma chère Ginette que cette « médaille » n’allait pas de soi pour toi. Tu es plutôt rétive aux décorations. Tu es d’un naturel modeste et discret, enfin discrète tant qu’on ne dit pas trop de bêtises devant toi ! Sinon on n’a le droit à une bonne réplique à voix très haute.

Mais cette médaille est méritée. Oui, elle est méritée, car il faut du courage aux femmes de notre pays pour mener le combat féministe. Il fallait beaucoup de courage et de détermination pour au siècle dernier s’élever contre les idées reçues, le machisme bien installé, bien intégré, bien habituel, bien « naturel ». En acceptant cette médaille, cette soirée en ton honneur, c’est un moyen utile de mettre en avant le combat féministe, l’engagement humain.

 

C’est avec plaisir que nous mettons la salle du conseil municipal pour cet évènement. Car c’est un évènement qui honore aussi notre ville.

 

Je ne développerai pas ici toute la part que tu as prise étape par étape, Françoise, le fera mieux que moi, dans le combat pour les droits des femmes.

Je voudrais souligner ici l’importance de ta place dans ce combat et son rayonnement à Gennevilliers. Un combat que tu as mené personnellement, mais aussi dans une aventure collective, avec de nombreuses femmes de notre ville, dont beaucoup sont présentes ce soir.

Ton histoire est celle d’une patiente action pour bousculer, étape par étape, la société, notre ville aussi, et pour lui faire accepter de franchir de nouvelles étapes en direction de l’égalité entre les femmes et les hommes. Dans un tel domaine, il t’ a fallu à chaque fois faire preuve de volontarisme politique pour dépasser tous les conservatismes. Ta détermination avec celles de tes copines a su imposer, face à tous ceux qui doutaient, un chemin en faveur de l’égalité.

Tu t’es engagées au sein du Mouvement pour la liberté de l’avortement et la contraception (MLAC), avec de nombreuses femmes de la ville et professionnelle de la santé, en 1973 dans le combat pour la reconnaissance de l’Interruption Volontaire de Grossesse, l’IVG. L’histoire de ton militantisme allait être celui d’un chemin fait de combats âpres pour affronter toutes les oppositions farouches. L’action des femmes permettra de mettre victorieusement la libéralisation de l’avortement à l’agenda parlementaire en 1974.

Tu as pu dans ce combat mobiliser beaucoup d’énergie. Il a fallu affronter les préjugés qui heurtaient aussi ta propre tradition familiale et ton engagement dans la paroisse. Des prêtres ouvriers que tu côtoyais ont regardé avec compréhension ce combat, la hiérarchie un peu moins. Pour ce qui est de la tradition familiale, tu as su la renouveler car tes filles, notamment Claire, (je parle d’elle car c’est celle que je connais le plus, je la subie depuis 1989 !) n’ont pas renié tes engagements, bien au contraire.

Jusqu’à la reconnaissance de l’IVG, et bien après encore, vous (toi et tous les féministes) avez dû faire preuve de toute votre vigilance, tant toute faiblesse dans l’approfondissement et la consolidation des droits acquis, constituent autant de brèches ouvertes aux vents mauvais de la régression.

Nous savons tous ici que cette histoire n’était pas écrite d’avance. Et elle ne l’est toujours pas d’ailleurs. Car il faut toujours se garder de croire que le cheminement naturel ne peut aller que vers le progrès. Gardons-nous de penser que l’histoire n’a pas besoin de nous.

La loi de 1975 acquise, il a fallu la défendre ; faire en sorte qu’elle ne soit pas redébattue ni son contenu renégocié. Vous n’acceptiez aucun recul. Vous étiez déterminées. Toutes les entraves, toutes les tentatives de remise en cause, toutes les régressions, ont vu votre inlassable mobilisation. Le droit des femmes à disposer librement de leurs corps, à décider seules de leur vie, a été chèrement acquis. Vous l’avez chèrement protégé.

Parallèlement, vous mènerez le combat pour le droit à la contraception. L’heure était venue que les femmes aient pleinement maîtrise de leurs corps. L’enfant devait être désiré et non subi.

Votre combat pour que l’avortement soit remboursé par la sécurité sociale devra attendre 1982 et c’est en 1994 que sera supprimé l’incrimination d’interruption de grossesse du code pénal.

Mais votre combat en matière d’égalité entre les femmes et les hommes fut aussi celui, tout aussi nécessaire, pour les protéger des discriminations, des inégalités, et surtout des violences dont elles sont victimes, en tant que femmes, parce qu’elles sont femmes.

C’est un domaine dans lequel vous ne pouviez pas attendre aussi que les choses changent d’elles-mêmes. Parce qu’elles ne changeront pas sans actions. Tu l’as bien compris avec d’autres. Et ce fut tout le sens de ton action à partir de 1992.

Tu étais trop bien placée, toi qui recevais les confidences de femmes, pour savoir qu’en matière de violences conjugales, il fallait agir. Il fallait accomplir des progrès mais en actes. Ce fut l’autre grand défi que tu as relevé. Ce défi reste malheureusement encore devant nous. L’actualité des femmes reçus par votre association vous le rappelle tous les jours.

Ce combat pour prévenir les violences subites par les femmes, tu l’as mené avec tes amies en vous attaquant ensemble à la représentation des femmes, si souvent présentées comme faibles, si souvent inférieures, si souvent réduites au rang d’objet et de produit de consommation, si souvent victimes et si rarement à l’image de ce qu’elles sont aujourd’hui dans la société française, et encore plus rarement de ce qu’elles devraient être, c’est à dire des égales.

Ton engagement féministe est aussi un engagement social et internationaliste. Le contexte d’inégalités sociales et de stigmatisations à l’égard notamment des femmes venues d’autres continents ne t’a jamais été indifférent.

Le MLAC a permis d’articuler l’approche féministe à la question de la lutte des classes dans la question de l’avortement. Cela s’est d’ailleurs traduit dans vos modes d’action plus subversifs et votre volonté d’agir dans les milieux populaires.

Cette sensibilité aux injustices n’est pas née par hasard. L’histoire de ta famille, tes combats communs avec Roland, le courage dont tu as dû faire preuve à son décès, ont forgé une fort mais belle personnalité.

J’aime ton humour communicatif et ton esprit libre.

Je vais aussi te faire un aveu en forme de litote : le PSU n’avait certainement pas tort sur tout !

Pour écrire, ce petit discours, j’ai appris que ton papa venait de Belgique, des Flandres pour être précis, il avait fui son pays à cause des destructions causée par la 1ère guerre mondiale dans sa région. Arrivé rue Nazet, la famille est restée à Gennevilliers. Ta maman venait aussi des Flandres.

C’est ainsi que ta famille a colonisé Gennevilliers. Pour une fois, mais seulement pour cette fois, on peut vraiment parler des bienfaits de la colonisation !

Cette cérémonie en l’honneur de tes combats, est un encouragement aux jeunes générations qui agissent aujourd’hui.

La libération de la parole des femmes qui s’opère actuellement sur les réseaux sociaux pour dénoncer les violences sexuelles est concomitante avec le renouveau d’un mouvement féministe qui s’affirme dans la société.
Pour cette nouvelle génération de militantes, les réseaux sociaux constituent un outil majeur ce qui n’est d’ailleurs pas sans vous soucier car pour faire fonctionner une association, il faut aussi des militants engagés. Elle brise le sentiment d’isolement et donne du crédit à la parole des victimes. 

Mais si le mouvement est aussi massif, c’est aussi parce que les attaques sont nombreuses. Je connais ton inquiétude car le féminisme actuel doit faire face à une nouvelle génération militante très réactionnaire, née au moment du mariage pour tous, qui reste hostile à l’avortement et à la contraception, et dont les idées séduisent une partie de la population. Quant au gouvernement, il a réduit de 40 % les subventions des associations féministes et aucune n’a été reçue par la secrétaire d’État…

Au nom des Gennevillois, au nom de l’ensemble des élus, je te dis merci pour ton investissement militant et l’énergie déployée tout au long de ta vie.

Ta contribution militante et ton rôle ont été importants. Tu as contribué à l’action du MLAC, participé avec d’autres à la création de La Maison des femmes, de Elles ouvrent la Porte, de Halte et Elles, de l’ESCALE.

Voilà un bilan, bien mieux que globalement positif. Merci Ginette.


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