Parrainage de Gültan Kisanak Discours de Patrice Leclerc - Mardi 13 mars

Mesdames et Messieurs,

Ce soir, nous rendons un hommage aux femmes et aux hommes politiques qui se battent pour leur dignité et la justesse de leur combat en parrainant une élue, Gültan Kisanak, maire d'une ville Kurde.

Ce parrainage a lieu aujourd'hui grâce à l'association France-Kurdistan représentée ce soir par Sylvie Jan et Pascal Torre, respectivement présidente et secrétaire de France Kurdistan, sans oublier Laura Gréaume, jeune gennevilloise qui s'investit pour la cause kurde dans cette même association. Je salue également la présence de Faruk Doru, représentant en Europe du HDP, le parti démocratique des peuples, représentant le mouvement politique kurde.

Gültan Kisanak est la co-maire de la ville de Diyarbakir, à l'est de la Turquie. Elle est aussi journaliste et députée de sa circonscription. Dans ce pays aujourd'hui, une répression sans nom apporte son lot de violences et d'injustices, pour la population kurde et ses représentants. Depuis des dizaines d'années, les dirigeants kurdes sont systématiquement emprisonnés.

Mais cette repression s'accentue depuis la crise syrienne et la déstabilisation du pays. Nous pensons aux massacres en ce moment même des populations de la ville d'Afrim. Le président Turc conduit une guerre totale aux kurdes avec l'aide de Daech. Le président Macron se tait quand on massacre nos alliés kurdes. Notre parrainage aujourd'hui vise aussi à briser ce mur du silence.

Gültan Kisanak fait partie de ces maires kurdes qui ont une vision progressiste de la société. Suite à la tentative de coup d'Etat en 2016, elle est mise en examen et mise en détention provisoire le 30 octobre 2016 pour " appartenance à une organisation terroriste
armée " et " soutien logistique à une organisation terroriste armée " avec l'autre maire de Diyarbakır, Firat Anli.

Elle n'est pas la seule : 84 élus locaux de la région kurdophone ont été suspendus et remplacés par des administrateurs qui ne garantissent pas la vie politique des conseils municipaux et donc dévitalisent les dynamiques locales. Un vrai déni de démocratie !

Gennevilliers, notre ville, a connu le remplacement des élus par des représentants de l'administration d'Etat. Ce fut pendant la deuxième guerre mondiale, pendant l'occupation nazi. Jean Grandel, maire de Gennevilliers a été arreté, emprisonné et fusillé à Chateaubriant.
Chacune et chacun comprend pourquoi nous sommes sensibles quand on nous parle de maire en état d'arrestation.

En septembre 2017, Gültan Kisanak faisait partie des 71 élus locaux kurde emprisonnés.

Depuis 2015, les cadres politiques du HDP, le Parti démocratique des Peuples subissent la répression, avec des arrestations et des suspensions de mandat électif pour des député-e-s et des élu-e-s locaux.

J'ai choisi de parrainer une élue kurde dans la tradition de solidarité internationale que nous avons toujours tenue à maintenir à Gennevilliers. Nous sommes solidaires de tous les peuples opprimés, à l'image des Palestiniens qui se battent aussi pour la reconnaissance de leurs droits, pour l'existence de leur Etat.

Permettez-moi, cet instant d'avoir aussi une pensée pour les citoyens d'honneurs de Gennevilliers, je pense à Salah Hamouri et Marwan Barghouthi qui sont eux aussi en prison car il agissent pour que leur pays soit reconnu comme un Etat, libre et indépendant.

Comme eux, les Kurdes ont été les victimes du diktat européen à la fin de la Première, puis de la Seconde guerre mondiale, avec des territoires partagés et des peuples dispersés, sans espoir de voir naître une nation et un territoire propres.

Malgré les catastrophes vécues par ces peuples, leur courage et leur résilience ont tordu le cou à ceux qui les colonisent, les bâillonnent, leur interdisent d'exister.
Mais ils existent. Et ils existeront tant que nous les soutiendrons aussi dans leur combat pour leur dignité.

Aucun peuple ne mérite de subir l'affront de ne pas, ne plus exister. Aucun peuple ne mérite de se voir dicter son destin. Ainsi ce parrainage représente ce message d'espoir et de paix pour le peuple kurde, pour Gültan Kisanak et tous ceux qui subissent le joug de la dictature d'Erdogan.

Ce soir, nous rendons hommage à ces femmes et ces hommes qui ne baissent pas les bras, qui relèvent la tête face à l'oppression et qui sont des symboles de liberté et de dignité.

Ce soir, nous disons
non à la dictature, oui à la liberté
non au déni d'exister, oui à la vie
non à la guerre, oui à la paix
non à la guerre, oui à l'espoir et au règlement des conflits par la politique

Nous organiserons prochainement des rencontres avec notre population pour faire connaître la cause kurde et soutenir les prisonniers politiques. Ce soir, vous pourrez écrire à ces prisonniers grâce à l'association France Kurdistan et sa campagne " je pense à toi ". Ecrire à un prisonnier, c'est lui adresser une part de notre humanité, de lui envoyer de la chaleur et du réconfort. C'est ne pas se sentir seul dans cet isolement effroyable qu'est la prison.

Alors ce soir, j'écris à Gültan Kisanak et je vous invite également à choisir un prisonnier pour lui exprimer votre solidarité.


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