Monsieur le Premier Ministre,
Dans le cadre des lois MAPTAM et NOTRe instituant la Métropole du Grand Paris (MGP), les Maires de la Boucle des Hauts de Seine ont opté pour la constitution d’un territoire à 15 communes formant un bassin de vie cohérent et pouvant porter un projet de territoire dynamique et solidaire.
Monsieur Jean-François CARENCO, Préfet de Région, nous a confirmé le calendrier concernant la finalisation de la carte des territoires de la Métropole du Grand Paris. Fin juin, les communes connaîtront leurs périmètres qui feront ensuite l’objet d’un décret en conseil d’Etat.
Dans le cas particulier de la Boucle des Hauts-de-Seine, deux scénarii sont actuellement en discussion entre les communes concernées et l’Etat, qui sera donc appelé à trancher prochainement.
• Le premier défendu par 13 maires sur 15, dont moi-même, consiste à créer un territoire articulé autour de l’axe « La Défense- Port de Gennevilliers ». Ce territoire comprend quatorze communes de la Boucle des Hauts-de-Seine ainsi que la commune d’Argenteuil qui a demandé son rattachement à la Métropole.
• La seconde option porte sur la division de la Boucle en deux territoires, l’un au Nord-est autour du port de Gennevilliers et l’autre au Sud-ouest autour de la Défense.
Monsieur le Premier Ministre, je tiens à vous faire partager les motivations qui m’animent, comme mes collègues des autres communes, dans l’affirmation et l’adhésion à notre proposition. Elles résultent de logiques économique, géographique, sociale et politique qui renforcent le bien- fondé de ce projet.
La logique économique se structure autour des deux pôles majeurs qui ont vocation à travailler ensemble pour renforcer leurs complémentarités : la Défense et le port de Gennevilliers.

La Défense est un pôle économique à nul autre comparable en Ile de France, comme dans la future métropole : premier quartier d’affaires européen par l’étendue et la diversité de l’offre de son parc de bureaux en cours de rénovation et d’ extension malgré la conjoncture, concentration de sièges sociaux de multinationales comme de PME, créateur de richesses dont témoigne le niveau inégalé de CVAE et CFE des deux communautés d’agglomération actuelles, 180.000 salariés dont un nombre croissant d’habitants de la Boucle de la Seine.
Le port de Gennevilliers constitue, outre sa vocation industrielle, une porte métropolitaine majeure d’échanges et d’ouverture au monde, avec sa plate-forme multimodale au cœur du noyau dense de la métropole parisienne. Son articulation institutionnelle renforcée avec le pôle de la Défense au sein d’un même territoire, permettrait une nouvelle approche territoriale fondée sur un socle économique plus solide et diversifié bénéficiant de la combinaison des activités tertiaires et des activités portuaires et logistiques.
Cette vision élargie se justifie aussi par la nécessité d’assurer à la Défense, centre décisionnel moteur d’envergure mondiale, le développement spatial qu’elle n’est plus en mesure d’offrir et d’accompagner le déplacement des fonctions de services intermédiaires ou productives dans toute la Boucle.
Les grands groupes de dimension internationale ne resteront ou ne viendront sur le site de la Défense que si nous sommes en mesure de leur proposer une offre économique et foncière globale. Or celle-ci se déploie surtout au nord de la Boucle dont le territoire dispose d’opportunités foncières et de potentiels importants de mutations urbaines.
De ce point de vue, en plus du port qui compte 8.000 emplois, les zones d’activités économiques de Gennevilliers avec 35.000 emplois et de nouvelles emprises foncières représentent une opportunité de développement économique important en Ile de France.
Cette vision partagée par tous les maires s’appuie sur le constat que l’on observe déjà d’un véritable effet de diffusion à partir de la Défense. Progressivement, nous constatons comment des entreprises qui y sont installées s’étendent et se développent dans les communes alentour grâce à leurs disponibilités foncières. Ce sont soit les mêmes entreprises, comme Thalès, qui essaiment ailleurs, soit des entreprises nouvelles qui s’installent non pas à la Défense telle qu’elle est délimitée aujourd’hui mais dans les germes de ce qu’elle sera demain avec des extensions à Gennevilliers, Bois-Colombes, Asnières, etc.…
En outre, la logique urbaine et géographique de ce territoire de la Boucle étendu à 15 communes s’appuie déjà sur un maillage de transports importants qui relient les différents pôles d’activités : RER, lignes de métro, de tramway, Autoroute A86. Demain, la ligne 15 du Grand Paris Express, comme la prolongation du T1, relieront encore plus efficacement les deux extrémités de ce territoire en une dizaine de minutes. La dynamique résultant de cette intercommunalité bénéficierait ainsi aux populations pour lesquelles la Boucle constitue d’ores et déjà un bassin de vie cohérent.

Associée aux 15 communes, la Défense s’ouvrirait ainsi aux villes qui composent son environnement immédiat mais aussi aux autres communes, avec lesquelles les points de contact et les modes de coopération seraient plus nombreux et féconds. Ce projet ouvre une réflexion globale permettant de conforter les perspectives d’aménagement dans des communes à fort potentiel foncier mais qui ne pourront se développer qu’avec le concours financier et technique de la Boucle. Ce bassin de vie verra sa cohérence renforcée avec ce développement des transports en commun.
A cet égard l’agrégation des différents PLH et des engagements issus des CDT des communes de la Boucle pourrait ainsi mieux s’inscrire dans votre volonté d’accélérer les constructions de logements en Île-de-France, engagement que je partage pleinement et qui est à l’œuvre dans la ville de Gennevilliers.
Vous avez également, Monsieur le Premier Ministre, rappelé votre attachement, après les drames des 7 et 9 Janvier, à la lutte contre les fractures sociales et territoriales. De ce point de vue, la logique sociale qui sous-tend notre projet de territoire s’explique aussi par l’exceptionnelle puissance financière et fiscale de la Défense.
La Boucle divisée en 2 consacrerait la création « d’un territoire des richesses » autour de la Défense, avec une homogénéité sociale très marquée, à l’exception de Nanterre :
• au sud, 7 communes accueillent des ménages dont le revenu par an dépasse très nettement la médiane régionale (31 360 euros en moyenne pour une médiane régionale de 22 243 euros),
• au nord de la Boucle, les habitants des 6 autres communes concernées ont des revenus par an en moyenne inférieurs à 20 000 euros par habitant. De plus, hormis Clichy la Garenne et Gennevilliers, le développement économique des communes et les recettes qui en découlent sont bien en deçà de celles qui bénéficient de la proximité immédiate de la Défense.
Ces inégalités sociales et fiscales génèrent des besoins différenciés de services publics et de politiques publiques de santé, d’éducation, de culture, de loisirs, et des programmes ambitieux de rénovation urbaine. Un dernier chiffre éclaire l’ampleur des disparités actuelles : sur les 24 quartiers des Hauts de Seine retenus dans la nouvelle géographie prioritaire de la politique de la ville, 19 sont au nord de la Boucle, alors qu’au sud on n’en compte que 5, tous situés à Nanterre.
Un territoire strictement limité aux communes proches de la Défense portera ainsi, par nature, un projet fondé sur l’étroite captation des retombées de la présence du quartier d’affaires. Il renforcera l’entre-soi social et économique au seul bénéfice de quelques communes déjà extrêmement riches, à l’opposé de l’objectif central que vous avez affiché pour créer la Métropole, qui est de réduire les inégalités. Les mesures correctrices basées sur la péréquation actuellement envisagées au sein de la Mission de préfiguration ne suffiront pas à rétablir les déséquilibres existants. Maire d’une commune qui compte plus de 19% de chômeurs et l’un des revenus par habitant le plus faible d’Île-de-France, je ne peux accepter cette perspective.

La volonté des maires - 13 sur 15 - de continuer de travailler ensemble doit être entendue dans le contexte de création de la Métropole du Grand Paris et de la réécriture de l’article 12 qui est presque arrivée à son terme. De grands changements vont se produire dans l’organisation politique et institutionnelle des communes, avec la redistribution des compétences structurantes exercées autrement, au sein de la Métropole comme des territoires. Ces nouvelles formes d’intercommunalités puiseront leur dynamique et leur efficacité dans l’adhésion des élus locaux au projet global. Au sein de la Boucle et dans nos différences, nous avons réussi à partager une volonté commune de bâtir notre avenir ensemble pour garantir aux acteurs économiques et aux habitants un environnement économique et urbain socialement plus juste et plus durable. C’est l’engagement que l’ensemble des maires ont affirmé lors de la conférence de presse tenue à Rueil Malmaison le 20 mars dernier. Pour le concrétiser, nous avons déjà organisé des groupes de travail qui élaborent le contenu et les coopérations de nos futures politiques publiques, et nous vérifions chaque jour, qu’avec une volonté politique forte et beaucoup de respect les uns vis-à-vis des autres, les divergences d’approches et les difficultés pourront être dépassées.
Après plusieurs rencontres et contacts avec des personnalités politiques de Paris Métropole, de diverses Communautés d’Agglomération, de la ville de Paris, et avec Monsieur le Préfet Lucas, je souhaiterais, Monsieur le Premier Ministre, pouvoir vous présenter de vive voix l’enjeu majeur et les spécificités de la construction de ce territoire.
Je me permettrai de solliciter une rencontre auprès de votre cabinet.
Dans l’attente d’une réponse de vote part,
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma très haute considération.

Patrice LECLERC
Vice-président du syndicat Paris Métropole


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